Dépassée : la politique allemande envers Israël après le 7 octobre
Peu de pays ont été aussi profondément affectés par les attaques du 7 octobre et la guerre à Gaza qui a suivi que l’Allemagne. Il ne s’agit pas simplement d’une controverse politique. Cela reflète un problème structurel plus profond : la politique allemande envers Israël repose depuis longtemps sur deux principes directeurs, une responsabilité historique particulière à l’égard d’Israël, héritée de l’Holocauste, et un engagement ferme en faveur de normes universalistes, avant tout le droit international et les droits de l’homme.
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La politique allemande à l’égard d’Israël repose depuis longtemps sur deux principes directeurs, la responsabilité historique envers Israël et l’engagement en faveur de normes universalistes, dont la tension a été gérée, sans jamais être résolue, à travers le cadre de la solution à deux États.
Les attaques du 7 octobre et la guerre à Gaza qui a suivi n’ont pas créé cette tension, mais ont profondément modifié les conditions dans lesquelles elle pouvait être gérée, submergeant de fait le cadre politique établi.
Il en a résulté un schéma d’oscillation, de report et de mise en avant sélective, visible notamment dans l’évolution des livraisons d’armes, les positions ambivalentes sur les procédures juridiques internationales, la solution à deux États et la réponse de l’Allemagne à l’escalade régionale.
En conséquence, l’Allemagne tend de plus en plus à maintenir ses engagements au niveau déclaratoire, en évitant de prendre des décisions qui permettraient de clarifier la manière dont ces principes fondés sur l’identité s’appliquent en pratique.
Les tensions entre ces principes ont longtemps été gérées grâce à un horizon politique commun, notamment la solution à deux États, un cadre que les événements du 7 octobre ont profondément ébranlé. Ce qui a émergé à sa place est un schéma d’oscillation, de mise en avant sélective et de report des décisions difficiles, visible à travers les livraisons d’armes, les procédures juridiques internationales et les réponses à l’escalade régionale.
La politique allemande à l’égard d’Israël est depuis longtemps structurée autour de deux principes directeurs inscrits dans l’identité d’après-guerre de la République fédérale. D’une part, il existe un engagement particulier envers Israël, issu de l’Holocauste, souvent formulé en termes de Staatsräson : la sécurité d’Israël fait partie de la raison d’État de l’Allemagne. Comme l’a déclaré Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, CDU) en 2008 : « Chaque gouvernement fédéral et chaque chancelier avant moi ont été engagés en faveur de la responsabilité historique particulière de l’Allemagne pour la sécurité d’Israël. Cette responsabilité historique fait partie de la raison d’État de mon pays. »
Cette relation a également eu une dimension réflexive : Israël est devenu non seulement un objet de politique étrangère, mais aussi un point de référence pour la compréhension que l’Allemagne a d’elle-même sur le plan politique. En 2018, l’ancien président du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), Martin Schulz, déclarait : « Avec l’existence d’Israël et la reconnaissance de sa sécurité, notre pays symbolise une rupture définitive avec les crimes et l’état d’esprit des criminels qui ont plongé notre pays et le monde dans la misère. (…) En protégeant Israël, nous nous protégeons des démons du passé de notre propre peuple ».
D’autre part, la politique étrangère allemande est fermement ancrée dans des normes universalistes, avant tout le droit international et les droits de l’homme, qui sont elles-mêmes consacrées de manière centrale dans le Grundgesetz (Loi fondamentale). Les gouvernements allemands ont constamment souligné que leur politique à l’égard d’Israël s’inscrivait dans cet engagement plus large. Cela a également permis l’expression de critiques à l’égard des politiques israéliennes, notamment sur la question des colonies et des droits politiques des Palestiniens.
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