L'escalade dans la continuité : la politique étrangère de l’Espagne envers Israël et la Palestine après le 7 octobre
Au cours des deux dernières années, l’Espagne s’est imposée comme l’un des pays les plus vocaux dans son soutien à la cause palestinienne. Si Madrid s’est initialement alignée sur la position européenne dominante, reconnaissant le droit d’Israël à se défendre après les attaques du 7 octobre, elle s’en est rapidement distinguée de la plupart des États membres de l’Union européenne (UE) en remettant en question, puis en condamnant, la conduite de la guerre par Israël à Gaza.
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Points-clés
La nouveauté de la position de l’Espagne depuis le 7 octobre ne réside pas dans ses principes fondamentaux, mais dans le ton adopté, sa visibilité, ainsi que la traduction de ces engagements en politiques concrètes.
Si l’Espagne s’est positionnée à l’avant-garde des pressions internationales exercées sur Israël, sa capacité à influencer la politique européenne demeure limitée par des contraintes structurelles au sein de l’Union européenne.
Une configuration politique favorable, une mobilisation soutenue de la société civile et une opinion publique permissive ont réduit les coûts politiques liés à l’adoption d’une position plus assertive.
La polarisation politique croissante suggère que la politique espagnole au Moyen-Orient pourrait devenir de plus en plus partisane, ce qui soulève des interrogations sur l’avenir de son consensus traditionnel transpartisan.
Alors que la crise diplomatique entre Madrid et Tel-Aviv s’est approfondie, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a durci sa rhétorique, qualifiant ouvertement Israël d’« État génocidaire ». Cette escalade verbale s’est traduite par des mesures concrètes s’inscrivant dans deux axes parallèles : une pression accrue sur Israël et un soutien renforcé aux Palestiniens. D’une part, l’Espagne a rejoint la procédure engagée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Israël de génocide. D’autre part, elle a augmenté son aide à Gaza et à l’Autorité palestinienne (AP) et reconnu l’État de Palestine. Ces évolutions ont culminé avec l’adoption de plusieurs mesures contre Israël en septembre 2025, portant les relations entre l’Espagne et Israël à leur plus bas niveau depuis des décennies.
L’interaction entre ces dynamiques a ravivé le débat sur les déterminants de la politique espagnole vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Certains observateurs estiment que la position de l’Espagne s’inscrit dans sa sympathie de longue date pour la cause palestinienne et dans ses relations historiquement tendues avec Israël. D’autres mettent en avant des facteurs conjoncturels, notamment le gouvernement de gauche de Sánchez, une opinion publique fortement sensibilisée, une société civile mobilisée et une polarisation croissante.
Ce briefing soutient que, bien qu’elle puisse sembler surprenante, la position plus affirmée de l’Espagne est cohérente avec son approche de longue date du conflit israélo-palestinien. Ce qui est relativement nouveau, en revanche, c’est l’intensité de la critique formulée par l’Espagne à l’égard d’Israël et sa volonté de traduire ses engagements en mesures politiques et juridiques concrètes.
>>> Ce Briefing est disponible uniquement en anglais.
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