La Chine à Djibouti : une base militaire aux caractéristiques chinoises ?
Le démarrage de la construction de la base militaire chinoise à Djibouti a été confirmé par le ministère de la Défense chinois en février dernier. Longtemps, les officiels chinois ont répété que la Chine ne se hasarderait jamais à construire de bases militaires ou à stationner de garnisons à l’étranger.
La construction d’une base militaire à Djibouti, qui devrait accueillir plusieurs milliers d’hommes dès fin 2017, constitue donc une prise de distance avec ce principe. Aussi le gouvernement chinois et les médias officiels adoptent-ils un profil bas sur cette question. La base militaire, officiellement désignée comme un « projet d’infrastructure offrant un support logistique aux convois de militaires chinois », aurait, selon le ministère de la Défense chinois, pour seul objectif de fournir un appui logistique aux troupes chinoises participant à des opérations d’escorte de navires dans le golfe d’Aden ou à proximité des côtes de Somalie ainsi qu’aux opérations de maintien de la paix et autres opérations humanitaires en Afrique.
En choisissant d’établir sa première base militaire à Djibouti, la Chine rejoint le club des grandes puissances qui stationnent leurs troupes dans ce micro-État de la Corne de l’Afrique. La position stratégique de Djibouti, une ancienne colonie française située dans le golfe d’Aden où transite 30 % du transport de marchandises international, et sa stabilité politique ont déjà conduit la France (1977), les États-Unis (2002) et plus récemment le Japon (2011) à y installer des troupes.
L’arrivée de la Chine sur ce territoire exigu où se cristallisent les ambitions militaires en Afrique des grandes puissances mondiales, alimente sans surprise le discours sur la « menace chinoise ». L’ambassadeur des États-Unis à Djibouti a ainsi évoqué certains risques : la Chine pourrait profiter de la proximité avec la base militaire américaine pour collecter des informations stratégiques sur les activités militaires américaines. Il a également exprimé son inquiétude quant aux rumeurs de construction de nouvelles bases chinoises sur les côtes africaines, plus près de l’Europe. Selon certaines sources, les craintes américaines auraient même conduit Washington, accompagné de Tokyo, à faire pression sur le gouvernement de Djibouti afin que ce dernier n’accède pas à la requête de la Chine.
Cependant, le caractère offensif de la démarche chinoise devra se mesurer à l’aune de la taille définitive de la base militaire – annoncée comme très modeste. Par ailleurs, il semblerait que la Chine ait, dans un premier temps, approché l’Inde pour la construction de sa première base militaire ce qui, selon certains analystes « laisse à penser que Pékin n’a pas d’autres ambitions militaires en dehors du soutien de ses forces dans un environnement de coopération avec d’autres nations intéressées par la protection de l’ordre public ».
Quelles sont les raisons qui semblent avoir motivé la construction de la base militaire chinoise à Djibouti ?
L’impératif de protéger ses intérêts grandissants à l’étranger
Lors d’une conférence de presse en janvier dernier, Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères chinoises a entièrement justifié la construction du « centre logistique » de Djibouti par la nécessité pour la Chine de protéger ses intérêts à l’étranger, reprenant ainsi une argumentation développée dans le dernier Livre blanc paru au printemps 2015 qui présente les grands principes guidant la politique de défense chinoise.
Durant la dernière décennie en effet, les relations entre la Chine et nombre de pays africains se sont considérablement renforcées, d’abord pour des raisons économiques. Ainsi, l’Afrique est pour la Chine une source d’approvisionnement en ressources naturelles et énergétiques, et un important marché d’export pour les produits chinois.
Poursuivez la lecture en téléchargeant le fichier:
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La Chine à Djibouti : une base militaire aux caractéristiques chinoises ?
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL'essor des véhicules électriques en Chine et le défi stratégique pour l'industrie automobile japonaise
L'expansion rapide de la production chinoise de véhicules électriques redéfinit la concurrence mondiale dans le secteur automobile pour les constructeurs européens et japonais. Le Japon, pionnier des véhicules hybrides, peine à transposer ce leadership aux véhicules électriques à batterie (BEV), alors que les constructeurs chinois augmentent rapidement leur production et leurs exportations. Parallèlement, la domination chinoise dans la fabrication de batteries et le traitement des minéraux critiques met en évidence les vulnérabilités de l'industrie automobile japonaise. Ces évolutions créent un double défi : l'intensification de la concurrence sur les marchés des véhicules électriques (VE) et la dépendance persistante vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement contrôlées par la Chine.
Le Japon : nouvel acteur stratégique dans l'Indo-Pacifique
Confronté à un triple front autoritaire et nucléaire incarné par la Chine, la Russie et la Corée du Nord, ainsi qu’aux atermoiements de son allié américain, le Japon accélère la normalisation de sa posture de défense. Il investit massivement dans ses capacités militaires et assouplit ses contraintes politico-juridiques afin de mieux assurer sa propre protection, mais aussi de s’affirmer comme un partenaire de sécurité central, crédible et recherché, en Asie comme au-delà. La rhétorique désormais assumée de la Première ministre Sanae Takaichi à l’égard de Pékin illustre cette bascule stratégique.
Crise dans le détroit d’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux
L’opération militaire de grande ampleur menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a entraîné une riposte iranienne ayant provoqué la destruction partielle d’infrastructures de liquéfaction de gaz naturel et une perturbation sévère du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Les économies d’Asie de l’Est – la Corée du Sud, le Japon et Taïwan en particulier – sont fortement exposées à cette crise en raison de leur dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL) pour leur production d’électricité.
Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud : une opportunité historique pour le rapprochement euro-asiatique
Le président Emmanuel Macron effectue une tournée au Japon et en Corée du Sud à un moment où les intérêts entre ces trois pays n’ont jamais été aussi alignés, et plus largement entre l’Europe et les démocraties d’Asie de l’Est.