L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?
Affirmer que l’intelligence artificielle générative (IA) est en proie à une bulle relève aujourd’hui du lieu commun. Les valorisations boursières stratosphériques des entreprises du secteur, dont la rentabilité demeure un horizon lointain et plus qu’incertain, peuvent suffire à s’en convaincre. Toutefois, le véritable enjeu est moins de nature économique que politique, à mesure que les choix opérés par une minorité s’imposent à nos sociétés, dans un contexte géopolitique encourageant de fait un développement technologique débridé.
Trois bulles en une
L’IA relève avant tout d’une bulle réputationnelle, dans la mesure où les récits qui l’accompagnent la promeuvent comme une solution technologique miraculeuse et à même de tout changer. Or, en dépit de ses capacités pour l’heure limitées – au contraire de ses impacts socio-environnementaux –, l’IA voit son développement continuellement soutenu par ces fantasmes.
Cette première bulle en alimente deux sous-jacentes : l’une spéculative et l’autre infrastructurelle. La bulle spéculative est celle qui concentre actuellement l’attention collective, au gré des commentaires ou des manœuvres de personnalités du secteur technologique (telles que Michael Burry, Peter Thiel ou Sundar Pichai) pouvant susciter des paniques boursières épisodiques. La bulle infrastructurelle résulte du déploiement simultané d’immenses centres de données dédiés à l’IA à travers le monde, très gourmands en ressources (matériel, énergie, eau et capital). Elle ne doit pas être minorée, car elle constitue la plus forte inconnue à ce stade. À l’heure où les cycles d’innovation rendent puces et centres de données rapidement obsolètes – de 2 à 6 ans selon les estimations – et où les limites du gigantisme et des grands modèles de langage (LLM) exposent au déploiement de surcapacités, l’amortissement de tels investissements pose question. Ce d’autant plus que ces implantations se financent de façon croissante par un endettement à des taux de remboursement élevés, qui n’apparaît pas toujours au bilan comptable d’entreprises ayant recours à des montages complexes.
Ces trois bulles résultent autant de la concentration du secteur entre les mains de grands acteurs privés dictant seuls l’orientation du marché, que du pari stratégique sino-américain qui place l’IA au cœur de politiques technologiques de puissance. Objet d’une rivalité structurante sur le plan géopolitique, le développement de l’IA « quoi qu’il en coûte » semble aujourd’hui se confondre avec la préservation de l’intérêt national et bénéficier ainsi à un oligopole de start-up spécialisées (pure players, tels qu’OpenAI, Anthropic, Perplexity, Mistral…) et de géants technologiques (Big Tech et autres hyperscalers). Cet oligopole fonctionne en circuit fermé, dans lequel chacun est tour à tour fournisseur, investisseur, client ou partenaire de ses prétendus rivaux. Combinées à l’opacité de l’endettement, une telle circularité et la rentabilité hypothétique des activités font légitimement craindre l’explosion de l’une de ces bulles, si ce n’est des trois à la fois.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL'Europe face au tournant de la DefTech. Repenser l'écosystème européen d'innovation de défense
« La façon dont je vois Iron Dome, c’est l’expression ultime de ce que sera le rôle des États-Unis dans les conflits futurs : non pas être les gendarmes du monde, mais en être l’armurerie », estimait en novembre 2023 Palmer Luckey, le fondateur d’Anduril, l’une des entreprises les plus en vue de la DefTech. L’ambition est claire : participer au réarmement mondial en capitalisant sur la qualité des innovations américaines et dominer le marché de l’armement, au moins occidental, par la maîtrise technologique.
Les trumpistes veulent-ils vraiment faire la guerre à la Chine ?
Malgré un discours « faucon », la politique chinoise de Donald Trump et de son administration est embourbée dans ses contradictions. Au-delà de la rhétorique, la Chine est l'objet d'une guerre interne à Washington. Décryptage au cœur des factions qui s’affrontent pour savoir comment faire face à Pékin.
Mobilité des chercheurs et restrictions américaines. Un levier pour la recherche technologique française
Une atteinte sans précédent à la liberté académique est observée aux États-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, affectant simultanément les universités, les agences fédérales et les étudiants internationaux. La France et l'Europe sauront-elles en faire une chance pour attirer et retenir les talents de la tech sur leur territoire ?
Le robot est-il un adversaire comme un autre ?
Chapitre d'ouvrage rédigé par Laure de Roucy-Rochegonde, paru dans l'essai "Jamais sans mon ennemi?" de Gallimard (2025).