Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?

Éditoriaux
|
Date de publication
Image de couverture de la publication
ifri_pajot_l_ia_dans_sa_bulle_vignette_page
Accroche

Affirmer que l’intelligence artificielle générative (IA) est en proie à une bulle relève aujourd’hui du lieu commun. Les valorisations boursières stratosphériques des entreprises du secteur, dont la rentabilité demeure un horizon lointain et plus qu’incertain, peuvent suffire à s’en convaincre. Toutefois, le véritable enjeu est moins de nature économique que politique, à mesure que les choix opérés par une minorité s’imposent à nos sociétés, dans un contexte géopolitique encourageant de fait un développement technologique débridé. 

Image principale
Robotics technology concept vector.World map dots background
Robotics technology concept vector.World map dots background
StudioProX/Shutterstock.com
Table des matières
Table des matières
body
Trois bulles en une


L’IA relève avant tout d’une bulle réputationnelle, dans la mesure où les récits qui l’accompagnent la promeuvent comme une solution technologique miraculeuse et à même de tout changer. Or, en dépit de ses capacités pour l’heure limitées – au contraire de ses impacts socio-environnementaux –, l’IA voit son développement continuellement soutenu par ces fantasmes. 


Cette première bulle en alimente deux sous-jacentes : l’une spéculative et l’autre infrastructurelle. La bulle spéculative est celle qui concentre actuellement l’attention collective, au gré des commentaires ou des manœuvres de personnalités du secteur technologique (telles que Michael Burry, Peter Thiel ou Sundar Pichai) pouvant susciter des paniques boursières épisodiques. La bulle infrastructurelle résulte du déploiement simultané d’immenses centres de données dédiés à l’IA à travers le monde, très gourmands en ressources (matériel, énergie, eau et capital). Elle ne doit pas être minorée, car elle constitue la plus forte inconnue à ce stade. À l’heure où les cycles d’innovation rendent puces et centres de données rapidement obsolètes – de 2 à 6 ans selon les estimations – et où les limites du gigantisme et des grands modèles de langage (LLM) exposent au déploiement de surcapacités, l’amortissement de tels investissements pose question. Ce d’autant plus que ces implantations se financent de façon croissante par un endettement à des taux de remboursement élevés, qui n’apparaît pas toujours au bilan comptable d’entreprises ayant recours à des montages complexes.


Ces trois bulles résultent autant de la concentration du secteur entre les mains de grands acteurs privés dictant seuls l’orientation du marché, que du pari stratégique sino-américain qui place l’IA au cœur de politiques technologiques de puissance. Objet d’une rivalité structurante sur le plan géopolitique, le développement de l’IA « quoi qu’il en coûte » semble aujourd’hui se confondre avec la préservation de l’intérêt national et bénéficier ainsi à un oligopole de start-up spécialisées (pure players, tels qu’OpenAI, Anthropic, Perplexity, Mistral…) et de géants technologiques (Big Tech et autres hyperscalers). Cet oligopole fonctionne en circuit fermé, dans lequel chacun est tour à tour fournisseur, investisseur, client ou partenaire de ses prétendus rivaux. Combinées à l’opacité de l’endettement, une telle circularité et la rentabilité hypothétique des activités font légitimement craindre l’explosion de l’une de ces bulles, si ce n’est des trois à la fois.
 

Téléchargez l'analyse complète

Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.

L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?

Decoration
Auteur(s)
Photo
Benjamin PAJOT

Benjamin PAJOT

Intitulé du poste

Chercheur associé, Centre géopolitique des technologies de l'Ifri

Image principale
Arme Robot Authentique Moderne De Haute Technologie
Centre géopolitique des technologies
Accroche centre

Intelligence artificielle (IA), 5G, cybersécurité, robotique, semi-conducteurs, spatial… Les technologies, notamment numériques, affectent aujourd’hui profondément l’ensemble des activités humaines et, par extension, des relations internationales. Les enjeux politiques, stratégiques, économiques et sociaux qui en découlent se manifestent à des échelles politiques multiples où se mêlent États, organisations internationales et entreprises privées. Les dynamiques de concurrence et de coopération internationales s’en trouvent transformées. C’est pour répondre à ces enjeux que l’Ifri a lancé en 2020 le Centre géopolitique des technologies, proposant une approche résolument européenne des enjeux internationaux liés aux technologies dites critiques.

Image principale

Les fausses promesses du Golden Dome. Incertitudes d’un projet déstabilisateur

Date de publication
20 mai 2026
Accroche

Le Golden Dome, annoncé dans le Bureau ovale en mai 2025 par Donald Trump, est un projet de système de défense antimissile visant à protéger l’intégralité du territoire américain contre les menaces balistiques, hypersoniques, de croisière et autres missiles avancés. Inspiré du système israélien Iron Dome et de l’Initiative de défense stratégique (IDS) des années 1980, ce programme s’appuie sur une architecture multicouche intégrant des capteurs et des intercepteurs, dont une composante spatiale comprenant des intercepteurs orbitaux capables de détruire des missiles lors de leur phase de lancement.

Image principale

Comment la technologie redessine l'ordre mondial

Date de publication
02 juin 2026
Accroche

Le rôle central des technologies dans la compétition entre grandes puissances alimente une rivalité de plus en plus intense. Autour de l’Intelligence artificielle, les grandes entreprises gagnent un pouvoir inédit qui s’impose aux États et dans la conflictualité internationale elle-même. Les États ne sont pourtant pas dépourvus de moyens de régulation. Dans la compétition internationale, l’Europe dispose de cartes particulières, qu’elle doit jouer, au profit d’une coopération internationale à réinventer.

Anu BRADFORD
Image principale

L’Europe face au défi quantique : des ambitions à l’action

Date de publication
06 mai 2026
Accroche

La nomination des chercheurs Alain Aspect puis Michel Devoret aux prix Nobel de Physique de 2022 et 2025 pour leurs travaux en physique quantique témoigne de l’endurant dynamisme de la recherche française et européenne dans ce domaine. Alors que le déploiement des technologies issues de la seconde révolution quantique n’en est encore qu’à son balbutiement, on pourrait croire que la patience stratégique s’impose, et qu’il faut attendre que le foisonnement de la recherche fondamentale laisse place à des innovations prêtes à être déployées. Ce serait là commettre une grave erreur, dans la mesure où le potentiel de transformation profonde que porte le secteur quantique a directement trait à l’autonomie stratégique des États et des organisations.

Benjamin PAJOT Eleni DIAMANTI Ludovic PERRET
Image principale

Trump II contre la gouvernance du numérique : une croisade aux États-Unis et en Europe

Date de publication
01 avril 2026
Accroche

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, l’administration Trump II mène une campagne systématique de déréglementation des secteurs technologiques, tant aux États-Unis qu’en Europe. Comment l'Europe peut-elle maintenir le dialogue tout en préservant son cadre de gouvernance ?

Crédits image de la page
Robotics technology concept vector.World map dots background
StudioProX/Shutterstock.com

Comment citer cette étude ?

Image de couverture de la publication
ifri_pajot_l_ia_dans_sa_bulle_vignette_page
Benjamin PAJOT, « L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ? », Éditoriaux, Ifri, 16 décembre 2025.
Copier
Image de couverture de la publication
ifri_pajot_l_ia_dans_sa_bulle_vignette_page

L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?