Le Japon en Asie centrale : comment concilier intérêts diplomatiques et économiques ?
Etudes de l'Ifri, avril 2019
La diplomatie du Japon en Asie centrale post-soviétique, à l’instar de ses actions dans d’autres régions asiatiques, est souvent analysée comme une réaction aux avancée de la Chine et de ses Nouvelles Routes de la Soie. Cette première impression peut être trompeuse.
Le Japon a noué des relations avec la région depuis l’indépendance du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan, qui ont connu diverses étapes de développement. A plusieurs égards, Tokyo a dû concilier des approches parfois contradictoires, relevant du romantisme, de la diplomatie axée sur les valeurs, du pragmatisme et, dans une certaine mesure, de la politique de puissance.
Bien que les spécialistes transposent souvent la rivalité sino-japonaise observée globalement en Asie élargie au cas de l’Asie centrale, cette compétition est pourtant moins visible dans cette région spécifique. Ici, le Japon et la Chine semblent s’en tenir à leurs propres créneaux, alors que la valeur stratégique et géoéconomique de la région pour le Japon est comparativement inférieure à celle d’autres régions asiatiques, comme l’Asie du Sud-Est.
À l’heure actuelle, le Japon semble avoir définitivement tourné la page d’une grande stratégie pour l’Asie centrale, qu’il avait promue au cours des dernières décennies. Il s’est plutôt concentré sur une expansion pragmatique des échanges commerciaux avec les pays de la région, tout en maintenant son statut unique (et son soft power) lié à son aide au développement. Si les textes officiels japonais reconnaissent l’importance stratégique de la région, la politique étrangère du premier ministre Shinzo Abe vis-à-vis de l’Asie centrale s’est largement concentrée sur les aspects commerciaux plutôt que sur les initiatives géopolitiques, contrastant avec ses prédécesseurs du début des années 2000.
Alors que le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont toujours été des cibles centrales pour les entreprises japonaises dans la région, la visite d’Abe en 2015 a souligné l’importance croissante du Turkménistan en tant qu’importateur de technologie japonaise. Pour autant, malgré l’annonce en fanfare de nombreux contrats, des résultats concrets se font toujours attendre. Malgré le fort potentiel industriel de l’Ouzbékistan, sa coopération économique toujours solide avec le Japon et ses contrats signés en 2015 pour un montant de 8,5 milliards de dollars américains, la présence des entreprises japonaises dans ce pays clé ne s’étoffe pas aussi rapidement qu’attendu.
Cette étude est disponible en anglais: Japan and Central Asia: Do Diplomacy and Business Go Hand-in-Hand?
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL'essor des véhicules électriques en Chine et le défi stratégique pour l'industrie automobile japonaise
L'expansion rapide de la production chinoise de véhicules électriques redéfinit la concurrence mondiale dans le secteur automobile pour les constructeurs européens et japonais. Le Japon, pionnier des véhicules hybrides, peine à transposer ce leadership aux véhicules électriques à batterie (BEV), alors que les constructeurs chinois augmentent rapidement leur production et leurs exportations. Parallèlement, la domination chinoise dans la fabrication de batteries et le traitement des minéraux critiques met en évidence les vulnérabilités de l'industrie automobile japonaise. Ces évolutions créent un double défi : l'intensification de la concurrence sur les marchés des véhicules électriques (VE) et la dépendance persistante vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement contrôlées par la Chine.
Le Japon : nouvel acteur stratégique dans l'Indo-Pacifique
Confronté à un triple front autoritaire et nucléaire incarné par la Chine, la Russie et la Corée du Nord, ainsi qu’aux atermoiements de son allié américain, le Japon accélère la normalisation de sa posture de défense. Il investit massivement dans ses capacités militaires et assouplit ses contraintes politico-juridiques afin de mieux assurer sa propre protection, mais aussi de s’affirmer comme un partenaire de sécurité central, crédible et recherché, en Asie comme au-delà. La rhétorique désormais assumée de la Première ministre Sanae Takaichi à l’égard de Pékin illustre cette bascule stratégique.
Crise dans le détroit d’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux
L’opération militaire de grande ampleur menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a entraîné une riposte iranienne ayant provoqué la destruction partielle d’infrastructures de liquéfaction de gaz naturel et une perturbation sévère du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Les économies d’Asie de l’Est – la Corée du Sud, le Japon et Taïwan en particulier – sont fortement exposées à cette crise en raison de leur dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL) pour leur production d’électricité.
Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud : une opportunité historique pour le rapprochement euro-asiatique
Le président Emmanuel Macron effectue une tournée au Japon et en Corée du Sud à un moment où les intérêts entre ces trois pays n’ont jamais été aussi alignés, et plus largement entre l’Europe et les démocraties d’Asie de l’Est.