Replay - Conférence avec Chris Wright, Secrétaire à l'Énergie des États-Unis
Reçu à l'Institut français des relations internationales, Chris Wright a exposé sa vision d'une politique énergétique américaine structurée autour de deux axes : la réalité humaine de l'accès à l'énergie, et une approche fondée sur les données chiffrées. Pour le Secrétaire, l'énergie constitue le fondement de la prospérité, de la santé et de l'allongement de l'espérance de vie à l'échelle mondiale. Sa doctrine repose sur une ambition de "dominance énergétique" américaine — non pas seulement l'indépendance, mais la capacité à produire massivement afin de réduire les coûts intérieurs, réindustrialiser le pays et soutenir les alliés des États-Unis.
Un partenariat franco-américain centré sur le nucléaire
Le nucléaire occupe une place centrale dans l'intervention de Wright, qui évoque une véritable "renaissance" du secteur aux États-Unis. Il annonce un partenariat industriel renforcé avec le groupe français Orano pour restaurer les capacités américaines d'enrichissement d'uranium et de retraitement du combustible usé. Il exprime également un intérêt marqué pour les petits réacteurs modulaires (SMR), capables de fournir non seulement de l'électricité mais aussi de la chaleur industrielle, et perçoit le nucléaire comme la technologie offrant le plus fort potentiel de croissance parmi les sources d'énergie pilotables et stables.
Le GNL américain, pilier de la sécurité énergétique européenne
Wright souligne que les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de gaz naturel liquéfié de l'Europe, avec une capacité à couvrir jusqu'à 70 % de ses besoins. Grâce à la révolution du schiste, il estime que cette offre abondante et compétitive peut être garantie sur le long terme. Le gaz naturel est présenté comme une ressource de transition indispensable, plus propre que le charbon et plus flexible que d'autres sources. Ce levier énergétique s'inscrit dans une stratégie géopolitique plus large : sécuriser l'approvisionnement de pays comme la Bulgarie, la Roumanie et l'Ukraine via des corridors de GNL, afin de réduire leur dépendance envers la Russie.
Innovation, régulation et mix énergétique
Sur le plan des politiques énergétiques, Wright défend une approche centrée sur l'innovation plutôt que sur la régulation. Il met en avant les limites des investissements dans l'éolien et le solaire au regard de leur part dans le mix énergétique mondial, et s'interroge sur l'impact de certaines réglementations — comme le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union européenne (CBAM) — sur les petits producteurs. Il se montre en revanche très optimiste quant aux perspectives de la fusion nucléaire et de la géothermie, cette dernière présentant l'avantage d'une production stable en continu.
Gouvernance mondiale de l'énergie et réseaux électriques
Wright remet en question le positionnement actuel de l'Agence Internationale de l'Énergie, estimant qu'elle s'est éloignée de sa mission originelle de sécurité énergétique. Il évoque la possibilité d'un retrait américain si l'organisation ne réoriente pas ses priorités. Par ailleurs, il reconnaît un sous-investissement structurel dans les réseaux électriques, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe, et appelle à une simplification réglementaire pour accélérer le déploiement des infrastructures de transmission et répondre aux pics de demande.
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