Chine et Asie du Sud-Est : les jeux sont-ils faits ?
La Chine pèse sur son environnement immédiat d’Asie du Sud-Est pour mettre en œuvre son concept de « communauté de destin partagé ». Présence accrue, dialogues multiples, projets communs concourent à réduire la marge de manœuvre des membres d’une ASEAN à l’efficacité réduite. La crise sanitaire a permis à Pékin de déployer ses ressources diplomatiques. Articulant la diplomatie et la pression militaire en mer de Chine, la Chine marginalise les autres acteurs – occidentaux – dans la région.
La Chine accorde une importance cruciale à l’Asie du Sud-Est, qu’elle considère comme la vitrine privilégiée du nouvel ordre multipolaire qu’elle appelle de ses vœux. À ce titre, la région bénéficie d’une place prioritaire dans la diplomatie chinoise. Ce n’est toutefois pas la seule raison, ni peut-être la plus déterminante : le fait que les dynamiques, notamment sécuritaires, des pays d’Asie du Sud-Est s’inscrivent encore dans le champ d’influence américain fait de la région un enjeu à la fois symbolique et concret dans la compétition sino-américaine, comme pour les équilibres globaux.
L’exacerbation de cette compétition explique en partie pourquoi, depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, la Chine redouble d’efforts et d’initiatives pour attirer la région et ses élites dans son champ d’influence. Pékin ne se met jamais en travers de la « centralité » si chère à l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) et porte un regard bienveillant sur chacun des États membres, tout en prétendant ne pas s’ingérer dans leurs affaires intérieures. Force est de constater que huit ans après le lancement de cette offensive de charme, les interdépendances sont renforcées. La tendance lourde est à une réduction de la marge de manœuvre des pays de la région. La Chine aspire dorénavant l’Asie du Sud-Est ; comment faire en sorte qu’elle ne l’avale pas ?
La Chine tisse sa toile en Asie du Sud-Est
Pékin considère l’Asie du Sud-Est comme son premier terrain d’expérimentation pour ajuster le basculement systémique du monde vers l’Asie, avec la Chine au centre : sans la maîtrise de son environnement immédiat, Pékin estime qu’il ne parviendra pas à impacter l’ordre mondial. Ce n’est donc pas un hasard s’il promeut une politique de « bon voisinage », soulignant toujours les intérêts communs, adoptant une approche systématiquement positive et coopérative.
De multiples raisons expliquent, voire justifient l’activisme chinois dans la région. La géographie d’abord, souvent négligée mais prégnante, avec des frontières communes (terrestres, maritimes, fluviales), qui expliquent l’ancienneté, la régularité et la capillarité des flux de toutes sortes : la Chine s’écoule naturellement en Asie du Sud-Est. L’histoire ensuite, qui s’étend sur plus de deux millénaires et reste toujours structurante puisque les modes traditionnels d’interaction font aujourd’hui leur retour dans des relations que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de tributaires. [...]
PLAN
- La Chine tisse sa toile en Asie du Sud-Est
- Des marges de manœuvre réduites pour l’Asie du Sud-Est : la crise sanitaire
- L’épreuve de force : une réalité difficilement acceptable
Sophie Boisseau du Rocher est chercheuse associée au Centre Asie de l’Ifri.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Chine et Asie du Sud-Est : les jeux sont-ils faits ?
État islamique : l’autre menace
L’État islamique est aujourd’hui en recul en Irak et en Syrie. Il a cependant suscité l’adhésion de multiples branches et soutiens dans de nombreux pays. Inégaux dans leurs moyens, ces groupes représentent un nouveau défi dans un contexte international incertain, défi qui pourrait s’aggraver avec le recul de l’EI au Proche-Orient et le retour dans leurs pays des djihadistes. Les régions d’Asie du Sud et du Sud-Est pourraient être particulièrement concernées.
La Turquie, entre coup d’État et référendum
Le putsch de juillet 2016 a été un vrai traumatisme, mais aussi l’occasion pour le régime d’aggraver la répression interne, et de tenter de faire passer son projet de réforme constitutionnelle. Celui-ci instaure un président disposant de tous les pouvoirs, sans réel contrôle. La radicalisation de l’AKP a des conséquences politiques internes, mais aussi économiques et diplomatiques, en particulier quant à la posture du pays vis-à-vis de l’Union européenne.
Stabilité et croissance en zone euro : les leçons de l’expérience
La crise des dettes souveraines a agi comme un révélateur des déséquilibres et dysfonctionnements de la zone euro. Si la situation des pays de la périphérie a pu être stabilisée, les craintes se portent désormais sur les pays du centre qui – par la taille de leur économie – font peser un risque systémique sur toute l’Europe. Pour retrouver le chemin de la croissance, le nouveau gouvernement français doit réduire sérieusement les dépenses publiques et favoriser la compétitivité des entreprises.
Les politiques européennes et le futur de l’euro
Les causes de la crise économique et financière qui a touché la zone euro en 2008-2009 ont été mal analysées. En conséquence, les remèdes adoptés se sont révélés contre-productifs. Les déficits publics se sont creusés et les divergences entre pays du sud et du nord de l’Europe se sont accentuées. Pour relancer la croissance de manière durable dans l’Union européenne, une plus grande solidarité entre États membres s’impose et une stratégie d’investissements publics doit être élaborée.