France-Allemagne, 50 ans après le traité de l'Elysée – Le commerce international au XXIe siècle
Au 50e anniversaire de leurs relations spéciales, Paris et Berlin seraient-ils deux personnages en quête d’eux-mêmes ? Dire : Berlin, c’est déjà faire écho à une puissance retrouvée depuis 20 ans, d’abord dans l’ordre économique et, géopolitiquement, dans l’environnement européen. Au niveau le plus large de la politique étrangère, la nouvelle puissance semble moins assumée, alternativement réticente ou brouillonne : plus de paroles, plus de présence, plus d’interventions même, mais suivant des critères sinueux, mystérieux.
L’Allemagne a aujourd’hui les apparences d’une puissance hybride. D’où une image complexe, d’abord en Europe. En matière économique, Berlin est à la fois la référence et la garantie. Mais l’affirmation de la puissance économique allemande fait souvent l’impasse sur sa dépendance vis-à-vis des autres, spécialement européens. L’Allemagne arbore fièrement les traits de père-la-rigueur, arc-bouté sur le règlement. Mais elle a aussi ses mollesses et accepte souvent, du bout des lèvres, les compromis hier bruyamment refusés. Et en politique étrangère, l’Allemagne semble nous considérer du haut d’une pensée postmoderne qui la dispense de se mesurer aux moyens concrets de l’action diplomatique ou militaire et du haut d’une vision européenne en réalité moins claire et moins ferme qu’elle ne le dit.
Quant à la France, elle apparaît à nombre d’Européens – et spécialement aux Allemands – comme quelque peu schizophrène. Au fond de l’impasse économique, coincée entre sa désindustrialisation et ses dépenses publiques et sans trêve à la poursuite de sa propre puissance diplomatique et militaire. Une puissance de l’entre-deux : entre la géographie économique du Nord de l’Europe et celle du Sud ; entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui, déjà dépassé par les perspectives de recomposition massive des rapports de puissance. La France serait ainsi « décalée », parce qu’elle ne se résoudrait pas à choisir une stratégie économique claire – quelle que soit la majorité au pouvoir ; parce qu’elle privilégierait une expression militaire de puissance avec des moyens déclinants ; parce qu’elle n’aurait pas de stratégie européenne – ce dont pourrait témoigner la dernière campagne présidentielle, tout comme l’absence de débat public dans le pays sur l’avenir du projet européen.
France et Allemagne suivent aujourd’hui, en matière économique ou diplomatique, des chemins qui tantôt divergent, tantôt se rapprochent ; les sociétés intègrent désormais l’amitié ordinaire qui les lie, sans guère s’occuper d’en ranimer la flamme ; et l’ennui cérémoniel remplace l’enthousiasme des premiers anniversaires. Bref, les signes d’amour ont remplacé l’amour, comme en témoigne ce numéro de Politique étrangère. Est-ce si grave ?
Il est remarquable que l’image du couple survive à l’ensemble des épreuves que lui ont imposées ces dernières années, que nul n’imagine, d’aucun côté du Rhin, sa disparition. Au-delà de nous, le besoin de « Françallemagne » perdure en Europe, même si le binôme ne peut s’affirmer comme hier : l’Union européenne (UE) s’est élargie, ouvrant le temps des alliances internes fluides. Mais la force de proposition et d’impulsion des deux capitales est toujours là. Elle peut demain prendre un nouveau visage, si les tensions politiques internes ne bloquent pas trop longtemps les choses et n’empêchent pas la convergence nécessaire des politiques économiques ; et si le débat permet d’ébaucher des visions articulables du futur européen. Ce qui n’adviendra que si chacun des deux partenaires fait évoluer ses positions et, plus profondément, sa propre culture. Les couples ne survivent que s’ils acceptent de changer.
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Le commerce est un instrument de création, de configuration, de reconfiguration des mondes humains. Comment l’ignorer, après plusieurs décennies de cette nouvelle mondialisation ? De vastes horizons ont été brutalement ouverts par des révolutions techniques qui ont littéralement créé une nouvelle ère d’échanges de toute nature. Mais les moyens de comprendre ce monde neuf, au-delà du recensement des intérêts de chaque acteur, nous manquent encore, comme les moyens de le maîtriser.
8Le commerce, c’est l’échange technique des biens, mais aussi le consentement qui organise l’échange. Les types d’accords passés entre les grands acteurs, tout au long de l’Histoire, sont fondateurs de mondes, psychologiques, économiques et politiques. Et ils reflètent les visions des acteurs dominants d’un temps historique donné. Or l’étape actuelle de la mondialisation multiplie les acteurs pouvant peser sur le système, sans qu’aucune culture commune ne s’impose encore. D’où la complexité, la diversité des accords commerciaux et des logiques qui les déterminent. La création, l’ascension de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), son relatif retrait actuel au profit d’accords bilatéraux ou de partenariats régionaux reflètent sans doute les hésitations d’un système mondial à la recherche de sa logique de fonctionnement : c’est le multilatéralisme lui-même qui, depuis 20 ans, court après son assise, en matière de commerce comme dans d’autres domaines. […]
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