Géopolitique de la cyber-conflictualité
Les cyberattaques tendent à se multiplier et à devenir plus complexes. Les auteurs, comme les victimes, peuvent être des États ou des acteurs privés. Le champ de la cyber-conflictualité est particulièrement difficile à appréhender du fait de la multiplicité des acteurs impliqués, de la difficulté à attribuer précisément les attaques et de l’émergence de nouvelles formes de guerre de l’information. Les tentatives de régulation internationale du cyberespace ont abouti à des résultats modestes.
Les événements internationaux des deux dernières années ont placé les problématiques de cybersécurité au cœur des agendas diplomatiques et stratégiques. Les piratages successifs de grands acteurs de la tech, comme Yahoo!, l’apparition de nouvelles menaces à grande échelle comme les « rançongiciels » WannaCry et NotPetya, ainsi que la confirmation d’une course aux cyber-armements, traduisent la volatilité d’une politique internationale bouleversée par la dissémination des moyens numériques. Les soupçons d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine en 2016, via une campagne d’influence sur internet, ajoutent à ces préoccupations une dimension informationnelle que les Occidentaux ont longtemps négligée. La cybersécurité est devenue un objet de « grande politique », aiguisant les appétits des grandes puissances, mais aussi d’acteurs privés qui ambitionnent de peser sur l’élaboration des normes de comportement dans le cyberespace.
Le cyberespace, perturbateur du système international
La politique internationale s’articule désormais largement autour du cyberespace. Dès l’origine de l’internet, l’action des États a été contestée dans ce domaine, tant par de puissantes plates-formes privées, majoritairement californiennes (les « GAFAM », Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), que par des individus, seuls ou coalisés, dont les registres d’action empruntent des formes variées (militantisme, influence, criminalité, etc.). Les applications de messagerie chiffrée (Telegram, WhatsApp, etc.), et les outils d’anonymisation des connexions comme Tor, rendent le contrôle du cyberespace très difficile.
Voici une décennie, on ne pouvait être assuré que des acteurs comme Google, Facebook ou Twitter seraient en mesure de défier la souveraineté des États sans s’exposer à de puissantes ripostes. Les faits sont aujourd’hui plus clairs. L’affaire des fuites de données de millions d’utilisateurs de Facebook témoigne de cette évolution, sur fond de campagne d’influence numérique de la Russie dans l’élection présidentielle américaine en 2016, et avec deux auditions tendues de Mark Zuckerberg au Congrès américain. […]
PLAN
- Le cyberespace, perturbateur du système international
- Des menaces informatiques protéiformes et intenses
- Une plus grande intensité
- « Guerre de l’information » et cyberespace - Les acteurs : États, proxies, individus
- Les États s’adaptent aux cyber-menaces - Cyber-diplomatie : la nouvelle frontière
- Risque d’escalade et attribution des cyberattaques
- Les normes internationales du cyberespace
- Élargir la régulation au secteur privé ?
Julien Nocetti est chercheur à l’Ifri. Ses travaux portent sur la diplomatie du numérique et de l’intelligence artificielle, la gouvernance de la cybersécurité, et les manipulations de l’information.
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Géopolitique de la cyber-conflictualité
Les diplomaties navales en Méditerranée
Si le concept de « diplomatie navale » date des années 1970, la réalité qu’il recouvre est très ancienne. L’histoire de la Méditerranée en témoigne : depuis l’Antiquité, les forces navales y ont été utilisées à des fins politiques. Les rapports de forces dans cette mer sont en train de changer. Les États-Unis se retirent progressivement, laissant la place à d’autres acteurs, en particulier la Russie. L’Europe, minée par la crise économique et les divisions, ne parvient pas à s’imposer.
Le « commerce migratoire » euroméditerranéen
Marseille a longtemps été une plaque tournante du commerce « à la valise ». Les échanges avec le Maghreb étaient particulièrement nombreux, du fait de la taille de la communauté algérienne dans le sud de la France et de l’importance du trabendo dans l’économie algérienne. Toutefois, depuis une vingtaine d’années, Istanbul tend à remplacer Marseille comme centre du « commerce migratoire ». Les flux commerciaux générés par les migrants ont désormais de nombreuses ramifications en Asie.
Migrations en Méditerranée : la crise de l’asile
La croissance économique des Trente Glorieuses, le choc pétrolier de 1973 et la guerre du Golfe de 1991 ont eu un impact très fort sur les migrations dans le bassin méditerranéen. Dans les années 1990 et 2000, l’immigration irrégulière vers l’Europe s’est développée. Les dispositifs de contrôle des flux migratoires conçus à cette époque se révèlent totalement inadaptés à la situation post-révolutions arabes. L’Europe fait désormais face à une triple crise : économique, des réfugiés et de l’asile.
Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées
L’Union européenne tente depuis plus de trois décennies de définir une stratégie méditerranéenne. Mais ni le processus de Barcelone, ni la Politique européenne de voisinage, ni l’Union pour la Méditerranée n’ont pu créer une communauté méditerranéenne pour le développement ou la sécurité. Les perspectives actuelles sont peu encourageantes, même si la situation dans nombre de pays de la rive sud, et les conflits du Levant ou du Sahel, rendent une telle stratégie encore plus pressante.