Contestation de la mondialisation : vingt ans après la « bataille de Seattle »
En 1999 à Seattle, la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce a suscité d’importantes manifestations émaillées de violences. Vingt ans plus tard, il apparaît que les objectifs des manifestants n’ont pas été atteints. Le commerce international, en particulier, a connu un fort essor. Toutefois, la contestation et la colère ont pris de l’ampleur. Les populistes promouvant la démondialisation ont mieux su tirer profit du rejet de la globalisation que les altermondialistes.
Charlene Barshefsky, représentante américaine pour les questions commerciales internationales (USTR) et présidente de la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), déclarait le 3 décembre 1999 : « Nous avons constaté, à mesure que le temps passait, qu’il subsistait des divergences d’opinion qui ne pourraient pas être aplanies rapidement. Notre idée, partagée par le directeur général [de l’OMC], les présidents et coprésidents des groupes de travail et les membres dans leur ensemble, était qu’il valait mieux marquer une pause. » Cette déclaration scellait l’échec de la troisième conférence ministérielle organisée à Seattle, aux États-Unis dans l’État de Washington, du 30 novembre au 3 décembre 1999. Trois jours plus tôt, les images de ce qui fut alors appelé « la bataille de Seattle » dans les rues de la ville avaient déjà fait le tour du monde.
Vingt ans plus tard, ce qui s’est passé à Seattle est quelque peu oublié du grand public, a fortiori des générations les plus jeunes, alors que l’événement avait eu à l’époque un grand retentissement. Ainsi, durant les mois de novembre et décembre 1999, 872 articles de la presse française ont mentionné au moins une fois « Seattle » et « OMC ». La « bataille de Seattle » a d’autant plus marqué les esprits que ce qui s’est passé dans cette ville s’est ensuite reproduit lors de plusieurs sommets internationaux, au moins jusqu’au G8 de Gênes de juillet 2001. Deux journalistes de Libération qui ont couvert ces événements à l’époque, Christian Losson et Paul Quinio, ont même parlé d’une « génération Seattle » dans un ouvrage publié en 2002.
Quel regard peut-on porter sur ces événements vingt ans après ? À l’époque, ils ont été vécus par une partie de la société civile comme un tournant majeur, et ont été vus comme un symptôme de la grande désillusion à l’égard du modèle néolibéral de mondialisation. Tout ceci était-il fondé ?
Le « moment Seattle »
La conférence ministérielle de l’OMC de Seattle a constitué un événement international important, réunissant 3 000 délégués des 135 États membres de l’OMC, en présence de 2 500 journalistes et de plus de 2 000 représentants d’organisations non gouvernementales (ONG). Son objectif était ambitieux puisqu’il s’agissait d’ouvrir un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales, appelé « cycle du Millénaire », et qui devait succéder au cycle de l’Uruguay (1986-1994).
PLAN
- Le « moment Seattle »
- L’échec du cycle du Millénaire
- La « bataille de Seattle » - Les ruptures qui ne se sont pas produites
- La résilience du libre-échange et de la globalisation
- La grande désillusion altermondialiste - Les vraies ruptures de Seattle
- La contestation des sommets internationaux
- La mutation du débat sur la mondialisation
- Les incontournables black blocs
- Youngstown, Ohio plutôt que Seattle…
Eddy Fougier est politologue, chargé d’enseignement à Sciences-Po Aix-en-Provence.
Anna Dimitrova est enseignant-chercheur en affaires internationales à l’ESSCA École de management à Paris.
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Contestation de la mondialisation : vingt ans après la « bataille de Seattle »
Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
Les milices chiites irakiennes se sont mobilisées rapidement après la déroute de l’armée irakienne face à Daech en 2014. Elles minimisent le rôle joué par les États-Unis dans les reculs actuels de l’organisation djihadiste. Elles entendent peser sur l’avenir de l’Irak, et investissent notamment le champ de l’éducation. Ces milices sont loin d’être unifiées. Si certaines ont des affiliations très claires avec l’Iran, d’autres entretiennent des relations plus distantes avec Téhéran.
L’Irak a-t-il jamais pu exister ?
Né de la décomposition de l’empire ottoman gérée par les impérialismes occidentaux, l’Irak, espace composite, a vu se succéder les régimes sans créer les bases psychologiques et politiques d’un État-nation. Les événements des deux dernières décennies n’ont fait, avec une lourde responsabilité occidentale, que creuser le fossé entre les communautés et les affiliations. L’Irak a-t-il jamais vraiment existé pour ses populations, et les conflits régionaux le laisseront-ils survivre ?
Irak, le laboratoire permanent
Si l’on s’en tient à l’adage anesthésiant qui voudrait que les peuples heureux n’aient pas d’histoire, les Irakiens partent d’emblée avec un lourd handicap. Ils forment en effet un peuple saturé d’histoire(s), depuis que la Mésopotamie a tenu lieu de décor aux premières sociétés humaines sophistiquées. La temporalité politique s’y affole, en outre, depuis 15 ans ; les velléités américaines de changer le destin du Moyen-Orient tout entier à partir de l’Irak ayant transformé le pays en laboratoire d’observation in vivo des transitions politiques et des recompositions sociales et communautaires (ethniques, religieuses) du monde arabe. Laboratoire déserté par ses laborantins, et où le protocole expérimental ne tient plus.
Liban : entre clientélisme régional et carcan national
En novembre 2017, les dirigeants saoudiens forcent le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner. Ils commettent ainsi une erreur d’appréciation aux conséquences importantes. Si Riyad espère une mise à l’écart politique du Hezbollah chiite par la communauté sunnite, ces agissements ont été dénoncés par la majorité des Libanais, toutes confessions confondues. Une retombée de cette action pourrait être le renforcement des courants pro-iraniens aux élections législatives de mai 2018.