En attendant le retour de l'Etat...
L'échec de la coalition internationale en Afghanistan et les difficultés rencontrées par Paris et ses alliés au Sahel soulèvent nombre de questions sur l’ingénierie internationale imaginée depuis les années 1990 pour reconstruire ou renforcer les États « faillis ». L’association entre, d’une part, une opération militaire destinée à contenir ou affaiblir une insurrection et, d’autre part, une coopération internationale plus ou moins importante, destinée à renforcer ou redéployer l’État – l’ensemble constituant ce que les stratèges appellent une opération de « stabilisation » – n’a pas débouché sur la stabilité attendue. En Afghanistan comme au Mali, le lien direct postulé entre apaisement des tensions et délivrance de services publics n’est pas validé. Ni les Provincial Reconstruction Teams (PRT) afghanes ni les « colonnes foraines » accompagnées par Barkhane n’ont pu apaiser les conflits violents ou relégitimer l’État.
Dans le cas du Mali, mais aussi des autres pays de la région, l’idée de renforcer, reconstruire et redéployer les services de l’État comme gage de paix était déjà au cœur des efforts internationaux au Sahel au début de la crise de 2012, aux côtés des objectifs de développement et de lutte contre le terrorisme. Elle est cependant restée largement subordonnée à une stratégie sécuritaire qui a mis l’accent sur la lutte armée contre les mouvements insurgés et le contrôle des territoires ainsi repris. C’est plus récemment que l’accent a été mis sur « le retour de l’État » dans la stratégie d’appui à la stabilisation au Sahel, semblant indiquer une amorce de rééquilibrage du triptyque sécurité/développement/gouvernance. Avec une forte médiatisation lors du sommet de N’Djamena des 15 et 16 février 2021, la France a prôné un « sursaut civil » auprès de ses partenaires du G5 Sahel, devant les conduire à engager les réformes et actions nécessaires pour se renforcer et se redéployer sur l’ensemble des territoires, au profit des populations, avec le soutien de la communauté internationale.
« Appuyer le retour de l’État » : la formule charrie présupposés et conception particulière des enjeux posés et des réponses possibles. Un « retour » de l’État peut-il apporter la paix au Sahel et par quels mécanismes ? Un tel objectif peut-il être efficacement appuyé de l’extérieur ? Qu’implique cette idée de « retour » de l’État, qui semble postuler une présence antérieure ? Ce retour suffit-il à légitimer son action, à garantir son acceptation et sa capacité à réguler, à protéger ?
Le Sahel est un espace géographique défini, à l’origine, par la pluviométrie moyenne d’un espace situé entre le Sahara et le domaine tropical humide, qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge. Cette appellation a été reprise pour désigner plus spécifiquement les États d’Afrique de l’Ouest dont une grande partie du territoire se situe en zone sahélienne. Le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad sont à la fois très différents et liés par leurs populations et leurs histoires, confrontés à des problématiques politiques et sécuritaires plus ou moins communes, à la fois révélées par et liées à l’implantation de groupes terroristes particulièrement visible depuis la fin des années 2000. […]
Alain Antil est chercheur et directeur du Centre Afrique subsaharienne de l’Ifri.
Elodie Riche est chargée de recherche à l’Agence française de développement.
Anne Savey est consultante et chargée de recherche associée à l’Agence française de développement.
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