Influence et nuisance dans les relations internationales
Pour imposer leur volonté sans utiliser la force, certains États déploient des stratégies d'influence. Selon la nature de leur régime, ils recourent plus ou moins à la séduction, l'attractivité, la contrainte, la nuisance ou encore la rémunération. Ces stratégies se déploient par différents canaux : médias, culture, éducation, entrisme et technologies numériques. Les pays européens prennent progressivement conscience de ces défis, mais ils se doivent d'agir plus vigoureusement.
Sommes-nous (re)passés, avec la guerre en Ukraine, des guerres d’influence aux guerres tout court ? Après avoir développé de nombreux outils d’influence performants (comme les médias RT ou Spoutnik, après avoir réactivé de vieux réseaux en Europe centrale ou balkanique, repris pied en Afrique, être devenu incontournable au Proche-Orient, le président russe semble avoir jeté aux orties ce patient travail de reconstruction du poids politique international de Moscou. En envahissant l’Ukraine, en y livrant une guerre de conquête et de destruction, a-t-il sacrifié deux décennies d’efforts pour s’enfermer dans un isolement inédit orchestré par le monde occidental ? Compte-t-il, à l’inverse, combiner soft et hard power et tirer les bénéfices de ce long investissement, en tablant sur le soutien d’un Sud pressé de souscrire au discours de Moscou ?
Depuis plusieurs années, voire décennies, certaines puissances ont investi beaucoup de moyens pour développer leurs stratégies d’influence. États-Unis, Chine, Russie, mais aussi Turquie, Corée du Sud, pays du Golfe et bien d’autres ont acquis un savoir-faire reconnu en la matière. Pour quoi faire ? L’influence est-elle considérée par eux comme un substitut à la puissance, permettant de convaincre, de séduire, et ainsi d’orienter le débat ou les normes de la scène mondiale, plutôt que d’avoir à utiliser la force ? Ou est-elle un moyen de se ménager des alliés, au moins des neutralités passives, pour le jour où les armes parleront à nouveau ?
Il est temps de poser la question de l’influence dans les relations internationales. Pour en exposer les différentes pratiques, pour en rappeler les principaux champs de bataille et enfin pour souligner que l’Europe – y compris la France – reste largement démunie face aux « guerres d’influence » qui viennent. Une prise de conscience du phénomène est donc devenue urgente.
Pratiques variables de l’influence
Comment définir l’influence ? Plusieurs auteurs se sont penchés sur le sujet, explicitement ou via des concepts voisins (comme le soft power), longuement comme Joseph Nye ou le temps d’une définition courte mais efficace comme Johanna Siméant. […]
PLAN
- Pratiques variables de l’influence
- La séduction démocratique libérale
- Déstabilisation autoritaire
- Croyance rémunérée - Quatre grands terrains d’intervention
- Médias et réseaux sociaux
- Culture, enseignement supérieur et libertés académiques
- Influence et entrisme – l’action par les normes
- L’exportation, clés en mains, de technologies de contrôle et de surveillance - Épreuves à venir
- La France et l’Europe sont-elles prêtes ?
- Leçons ukrainiennes
Pierre Buhler, ancien ambassadeur et président de l'Institut français, est enseignant à Sciences Po et consultant au Centre d'analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
Frédéric Charillon est professeur des universités en science politique, enseignant et conseiller à l'ESSEC, ancien directeur de l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM).
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Influence et nuisance dans les relations internationales
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