La sécurité humaine : un concept pertinent ?
Les menaces imaginables et le sens social de la guerre connaissent depuis quelques années de profondes modifications. Dans ce nouvel environnement, on peut seulement proposer des stratégies anciennes modernisées par la technologie. Il faut promouvoir un concept de sécurité humaine privilégiant la sécurité des individus et des communautés sur les intérêts des États. Un tel concept ne peut être dissocié d’une stratégie de développement qui, elle aussi, crée de la sécurité.
La guerre en Irak nous explique pourquoi nous avons besoin d’une nouvelle approche de la sécurité. Le président George W. Bush et son secrétaire à la Défense assurent qu’ils mènent une guerre d’un genre nouveau, fondée sur les technologies de l’information et de la communication, mais, dans les faits, leur approche est plutôt traditionnelle : une invasion classique de l’Irak pour essayer de vaincre les terroristes. Ce que Donald Rumsfeld nomme la Transformation revient à intégrer de nouvelles technologies dans des structures et des stratégies traditionnelles. La transformation des politiques de sécurité devrait aller bien plus loin qu’un simple changement technologique. C’est leur incapacité à comprendre le changement des menaces et des rapports sociaux de guerre qui entraîne les Américains toujours plus profondément dans une combinaison d’insurrections et de conflits sectaires renforçant le terrorisme mondial.
La sécurité humaine pourrait offrir une nouvelle approche de la sécurité et du développement, fondée non sur la technologie mais sur la prise en compte des nouveaux rapports de violence. Elle concerne la sécurité des individus et des communautés plus que celle des États, et elle combine les droits de l’homme et le développement humain. La sécurité humaine est souvent considérée comme soft parce qu’elle entend combiner sécurité physique et sécurité matérielle. En fait, elle devrait être considérée comme une politique de sécurité hard, visant à protéger les individus de la violence politique. Elle suppose l’usage de forces militaires, mais dans des formes et des configurations nouvelles, et elle peut impliquer des types d’interventions militaires plus risqués que ce qui est actuellement envisagé par les doctrines classiques des États. Enfin, les nouvelles formes de violence brouillant la distinction entre les dimensions économiques et politiques, une politique de sécurité adaptée se doit de combiner les éléments militaires et économiques. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Aux sources de l’insécurité
- La sécurité humaine
- Les principes de la sécurité humaine - Les implications en termes de politiques
Mary Kaldor, professeur de gouvernance globale, est directrice du Centre for the Study of Global Governance à la London School of Economics and Political Science. Elle est responsable du Groupe d’étude sur les capacités de sécurité européennes, établi sur la demande de Javier Solana, qui a rédigé le rapport de Barcelone, A Human Security Doctrine for Europe (2004).
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