L'Algérie à la recherche d'une diplomatie égarée
Hier phare du tiers-monde, la diplomatie algérienne connaît une éclipse depuis la fin des années 1980. En dépit des efforts des débuts de la présidence Bouteflika, Alger s'est marginalisée face aux désordres de la région : Sahara occidental, printemps arabes, instabilité tunisienne, anarchie libyenne, déstabilisation du Sahel. L'Algérie amorce un réengagement régional mais, au-delà, le rapprochement vis-à-vis des États-Unis et de l'Union européenne reste ambigu, et la carte chinoise ambivalente.
Dans le bilan sans concession que dressent les Algériens de l’évolution de leur pays sur les vingt dernières années – et plus précisément depuis l’accession de Bouteflika à la présidence –, l’éclipse de la diplomatie algérienne est un sujet passionnel et récurrent. De fait, ce thème pèse parmi les arguments cités pour convaincre l’observateur extérieur de la gravité, de l’importance, de la crise politique mais aussi de la régression d’une nation qui offrait tellement de promesses, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, au lendemain de son indépendance, le 5 juillet 1962.
Ajoutées aux affres de la décennie noire (1992-1998) et de son cortège de violences infligées à l’ensemble de la société, des phrases comme « nous avons perdu toute influence dans le monde », « nous ne pesons plus grand-chose », ou encore « qui fait attention à ce que dit l’Algérie ? » témoignent d’une blessure d’orgueil et d’une lucidité teintée de réalisme impuissant autour de la disparition de ce qui est considéré outre-Méditerranée comme l’âge d’or de la diplomatie algérienne : les années 1960-1970.
L’élan brisé et les premiers signes de déclin
La disparition du ministre algérien des Affaires étrangères Mohamed Seddik Benyahia le 3 mai 1982, alors qu’il tentait une mission de conciliation entre l’Irak et l’Iran, a symbolisé une perte d’influence diplomatique. Il avait été l’un des artisans d’un succès majeur de la diplomatie algérienne : la libération des ressortissants américains pris en otages dans leur ambassade à Téhéran, avec les Accords d’Alger de janvier 1981. Sa disparition brutale, encore aujourd’hui inexpliquée, amorce le retrait progressif de l’Algérie des questions touchant aux conflits du Proche-Orient. Un retrait qui ne touche cependant pas les services secrets algériens dans la région, notamment au Liban où leur présence sera fort utile à la France durant la crise des otages du milieu des années 1980.
Le repli diplomatique va encore s’accentuer au cours de la période 1988-2000. Isolé, confronté à de graves problèmes de sécurité mais aussi financiers (le pays frôle la cessation de paiements en 1994), le régime algérien n’a plus le temps, ni les moyens, de s’intéresser aux affaires du monde, comme en témoigne par exemple sa totale absence durant le conflit de l’ex-Yougoslavie. […]
PLAN
- L’élan brisé et les premiers signes de déclin
- Bouteflika : une tentative de restauration du prestige algérien
- Les printemps arabes : une douloureuse surprise
- Les relations avec les États-Unis : de la confrontation à l’ennemi commun
- Algérie-Union européenne : une méfiance jamais démentie Sahara : statu quo…
- Médiations et multilatéralisme constitutionnel
- La symbolique de la grande stratégie chinoise
Kader A. Abderrahim est maître de conférences à Sciences Po. Il a notamment publié Géopolitique de l'Algérie, Paris, BiblioMonde, 2020.
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L'Algérie à la recherche d'une diplomatie égarée
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