Moscou et le G7 : un drame en trois actes, prologue, et épilogue
L’admission au G7/G8 symbolisait pour Moscou son rapprochement de « l’Occident collectif ». Mais l’admission fut lente, et Moscou ne fit jamais complètement partie du club. La Russie a bientôt pris conscience que le G8 n’était pas le directoire souhaité pour traiter ses préoccupations stratégiques. L’avènement du G20, et la crise ukrainienne, ont, pour Moscou, définitivement déclassé l’intérêt d’un G7, qui semble n’assurer que la défense et illustration des intérêts d’un Occident déclinant.
« Dara, dara, bastonara. Non tener honta : Questa star l’ultima affronta. »
Molière, Le Bourgeois gentilhomme
L’histoire des rapports entre la Russie et le G7/G8 offre une belle illustration de la complexité, de l’ambiguïté, de la tension émotionnelle qui caractérisent les relations russo-occidentales. Après le démantèlement de l’Union soviétique, la Russie a adhéré à diverses structures internationales, du Conseil de l’Europe à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et Moscou a contribué à la création de nouvelles institutions, de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) au Conseil Russie-Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Mais nulle organisation ne reflétait comme le G7/G8 l’esprit de l’« Occident collectif » du XXIe siècle.
L’admission de la Russie au G7 en 1997 symbolisa l’entrée de Moscou dans cet « Occident collectif », comme, 17 ans plus tard, l’annulation par les Sept du sommet du G8 prévu à Sotchi en 2014 symbolisa son exclusion.
Prologue (1989-1991)
En Union soviétique puis en Russie, le G7 suscita dès sa création, au milieu des années 1970, une large palette de clichés, préjugés et fantasmes. À l’une de ses extrémités on trouvait les « conspirationnistes » qui voyaient dans le G7 le principal organe dirigeant du monde occidental, une sorte de QG informel où s’élaboraient les stratégies de long terme, où étaient adoptées des décisions concrètes sur les dossiers internationaux les plus importants. À l’autre extrémité se tenaient les « nihilistes » : à leurs yeux, le G7 n’était qu’une sorte de club de gentlemen discutant des affaires du monde, sans décision ni engagement.
Avant même la dislocation de l’URSS et la naissance de la Russie indépendante, Moscou avait pourtant souhaité s’associer au G7. Dans ses mémoires, Vie et réformes, Mikhaïl Gorbatchev fait remonter le début du dialogue entre Moscou et le G7 au début de 1989 : les Soviétiques formulent alors une proposition visant à améliorer leur coopération avec l’Occident via une intégration au G7.
Moscou cherche ensuite à peser sur l’ordre du jour du G7 de Paris de juillet 1989, Mikhaïl Gorbatchev envoyant une requête en ce sens à François Mitterrand. Mais l’attention des membres du G7 est alors retenue par les événements de la place Tien An Men. Le sommet suivant (Houston, juillet 1990) fut presque exclusivement consacré aux changements politiques et économiques en cours dans les pays d’Europe de l’Est. […]
PLAN
- Prologue (1989-1991)
- Acte I : du statut d’observateur à celui de membre permanent (1991-1997)
- Acte II : de l’adhésion à la présidence (1997-2006)
- Acte III : du G8 au G20 (2006-2014)
- Épilogue (2014-2019)
Andrey Kortunov est docteur en histoire, directeur général du Russian International Affairs Council (RIAC).
Traduit du russe par Boris Samkov.
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Moscou et le G7 : un drame en trois actes, prologue, et épilogue
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