Naviguer sur l'océan multilatéral : lost in decomposition ?
Le multilatéralisme organisationnel apparaît menacé par l'affirmation des politiques de puissance, en particulier à travers le système de l'Organisation des Nations unies (ONU). Les demandes de réforme de ce système perdurent cependant. Et les formes de consultations souples se développent : diplomaties de clubs ou minilatéralismes. La recomposition multilatérale s'effectue ainsi largement hors du système organisationnel. Éloignée d'un ordre international libéral ou d'un ordre multipolaire, elle ne favorise pas l'inscription de l'habitabilité de la planète au faîte de l'agenda multilatéral.
Frédéric Ramel est professeur des universités en science politique à Sciences Po Paris. Chercheur au Centre de recherches internationales (CERI), il a copiloté le programme ANR DATAWAR (2019-2023) et il coordonne le Groupe de recherche sur l'action multilatérale (GRAM) du CNRS. Il vient de publier Espace mondial (Paris, Presses de Sciences Po, 2024).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 90, n° 2, été 2025.
"En déclin, déboussolé, voire aux portes du crépuscule : les pessimismes s'accumulent à l'endroit du multilatéralisme, amplifiés par l'entrée dans le second mandat de Donald Trump. Comme pratique diplomatique plus ou moins institutionnalisée commençant avec trois États, ce multilatéralisme peut revêtir une pluralité de formes, le long d'un continuum allant de la simple coordination entre États aux actions des organisations intergouvernementales dotées d'une personnalité morale, d'un siège et d'une bureaucratie. Le multilatéralisme est aussi et surtout une « technique normative de réalisation du droit international, qui concerne tant sa production que son application ». La matière même de ce droit consiste à établir des liens de plus en plus serrés entre les États, par la formulation d'objectifs communs, la pacification des relations internationales ou encore l'universalisation des règles et des conduites. Né au XIXe siècle d'une gestion collective d'enjeux techniques variés comme les transports ou les communications, il a investi le champ de la guerre et de la paix à partir de 1919 avec la Société des Nations.
Quels que soient les objets de négociation diplomatique, ce multilatéralisme s'apparente à une politique du tissage ayant pour visée de faire converger les volontés à partir de frictions, de tensions, de compétitions entre les États. Que ce tissage se réduise à canaliser l'unilatéralisme ou qu'il promeuve des biens publics mondiaux de manière robuste, il renvoie bel et bien à l'idée de maillage au cœur de la société mondiale. Aujourd'hui, ce maillage s'est à la fois complexifié et relâché. [...]"
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Naviguer sur l'océan multilatéral : lost in decomposition ?
Océan Indien : le rapprochement stratégique indo-australien
En 2009, l’Inde et l’Australie ont signé une déclaration conjointe de sécurité. Depuis lors, les relations stratégiques entre ces deux États se développent. New Delhi et Canberra ont intérêt à éviter qu’un ordre régional dominé par la Chine ne s’instaure et que les relations entre Pékin et Washington ne s’enveniment. La coopération indo-australienne est néanmoins contrainte par plusieurs facteurs, dont le plus important a trait à une appréciation différente de la réponse à apporter à la menace chinoise.
L’Iran renoncera-t-il à l’arme nucléaire ?
En juillet 2015 a été conclu un accord sur le programme nucléaire iranien. Les restrictions imposées à Téhéran sont cependant en deçà des objectifs fixés par le Conseil de sécurité. Nombre d’analystes doutent de la sincérité des dirigeants iraniens et pensent que le temps joue en faveur de l’Iran. L’évolution des équilibres stratégiques au Moyen-Orient, de possibles changements à la tête du régime iranien et la détermination de la communauté internationale pèseront sur l’avenir de ce programme.
Diplomatie des armes autonomes : les débats de Genève
Les systèmes d’armes létaux autonomes (SALA) n’existent pas encore mais pourraient bien transformer la manière dont les guerres seront menées demain. Depuis 2014, l’Organisation des Nations unies (ONU) a entamé une réflexion sur ces armes d’un genre nouveau, dont certains États voudraient interdire le développement. Si une telle interdiction paraît peu vraisemblable, on devrait néanmoins voir apparaître un code de « bonnes pratiques » encadrant leur utilisation.
Lutte antiterroriste : comment s’adapte le Japon ?
Le Japon a subi plusieurs attentats sur son sol, notamment en 1995 avec l’attaque au sarin dans le métro de Tokyo. Plus récemment, deux ressortissants japonais ont été exécutés par l’État islamique en Syrie. Pour faire face à l’évolution de la menace, le dispositif antiterroriste japonais a été fortement renforcé. Le sommet du G7 d’Ise-Shima, en mai 2016, s’est déroulé sans incident. Le défi sécuritaire sera d’une autre ampleur en 2020 pour les Jeux olympiques de Tokyo.