Un équilibre fragile : les relations sino-russes
Russie et Chine partagent des approches similaires sur plusieurs questions régionales et internationales, et la Chine est le principal client de Moscou en matière d’armements et d’énergie. Pourtant, Moscou s’inquiète d’une Chine en passe de devenir une nouvelle puissance globale, avec les conséquences imaginables sur la sécurité de la Russie et sa place dans le monde. L’avenir du partenariat Pékin-Moscou, qui dépend d’un équilibre fragile entre méfiances et convergences, reste incertain.
Les relations entre la Russie et la Chine se caractérisent par de nombreuses ambiguïtés et contradictions. S’y mêlent une conception généralement pragmatique teintée de préjugés, un réel engagement articulé à une compétition stratégique, des convergences de politiques contrebalancées par une méfiance sur les futurs agendas, une jalousie mâtinée de mépris civilisationnel. Avec ses multiples facettes, la logique sous-tendant les liens de coopération entre Moscou et Pékin est d’autant plus fascinante qu’au cours de la période post-soviétique la Chine a surtout servi de contrepoids à l’ensemble des relations entretenues par la Russie avec l’Occident. Pour certains, le partenariat stratégique avec la Chine illustre le « pragmatisme » de la politique étrangère post-soviétique de la Russie ; pour d’autres, l’étroitesse et l’intensité des relations sont plus rhétoriques que substantielles.
Le poids de l’histoire
La schizophrénie de la politique et de l’attitude russes à l’égard de la Chine a une longue histoire, qui remonte à l’invasion mongole des cités russes au XIIIe siècle. Les destructions causées par les hordes mongoles ont profondément ancré dans la mentalité russe l’idée selon laquelle l’Est représente une source persistante de menace et d’insécurité. Fondamentalement, les Mongols n’ont presque rien apporté aux peuples qu’ils ont soumis, ce qui a renforcé l’image de l’Est comme incarnation de la barbarie et de l’arriération, ainsi que du danger. Au cours des siècles suivants, un isolement durable de la Russie des principaux courants de civilisation asiatique a profondément limité l’émergence de conceptions alternatives, plus positives de l’Est.
L’impact négatif des facteurs structurels de long terme (distance et isolement, divergences civilisationnelles et normatives) a été renforcé par les événements de l’époque contemporaine : participation russe au démembrement de la Chine par les puissances étrangères dans la seconde moitié du XIXe siècle ; double approche de Staline dans la guerre civile entre Mao Zedong et Tchang Kaïchek ; rivalité idéologique et personnelle acharnée entre Mao et Nikita Khrouchtchev et affrontements à la frontière sino-soviétique en 1969. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Le poids de l’histoire
- Une dimension stratégique
- Équilibre des puissances
- Rapports triangulaires
- Instrumentalisme et américano-centrisme
- Aspirations stratégiques - Aspirations stratégiques
- Perspectives
Cet article é été publié pour la première fois en avril 2005 dans la collection 'Russie.NEI.Visions, n°1, du Centre Russie.NEI de l'Ifri.
Bobo Lo est directeur du programme Russie & Eurasie de Chatham House et chercheur invité au Centre Carnegie de Moscou. Parmi ses récentes publications: 'Evolution or Regression? Russian Foreign Policy in Putin’s Second Term', in H. Blakkisrud (dir.), Towards a Post- Putin Russia (Oslo, Norwegian Institute of International Affairs, 2006) et China and Russia: Common Interests, Contrasting Perceptions (CLSA special report, mai 2006).
Ce texte est traduit de l’anglais par Tatiana Kastouéva-Jean.
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Un équilibre fragile : les relations sino-russes
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLe Brexit est-il vraiment « anglais » ?
Le résultat du référendum de 2016 ne traduisait pas un populisme, ou un exotisme culturel, spécifiquement anglais. L’opinion britannique était alors en phase avec les opinions européennes critiques vis-à-vis de l’Union européenne. La non-appartenance à la zone euro promettait une séparation sans trop graves effets. Séparation qu’annonçaient un fort attachement à la décision nationale et un détachement persistant vis-à-vis du projet européen, vu comme un simple lien économique.
La coopération militaire franco-britannique après le Brexit
Les questions de défense n’ont pas été sérieusement intégrées aux négociations du Brexit. Mais la redéfinition des priorités stratégiques américaines laisse à Londres peu d’espoir d’un special partnership égalitaire. Le retour de la France à une conception « gaullienne » de puissance d’équilibre pourrait par contre ouvrir la voie à un nouveau partenariat, qui ne prendrait toute son efficacité que dans le cadre d’une Alliance rééquilibrée et plus « européanisée ».
Les relations anglo-américaines après le Brexit : et moins si affinités ?
Le retour de la compétition des puissances, et l’érosion des moyens économiques et militaires britanniques mettent en cause la traditionnelle posture de suivisme de Londres vis-à-vis de Washington. Le Royaume-Uni ne pèse plus assez auprès des États-Unis, ni pour obtenir un accord commercial privilégié, ni en matière stratégique. Face au déclin inévitable de la relation bilatérale, Londres ne pourrait retrouver un poids diplomatico-stratégique que dans une Alliance atlantique rééquilibrée.
La politique étrangère britannique après le Brexit : la géographie, c’est le destin
La vision britannique des rapports du Royaume-Uni au monde renvoie à la fois à la géographie et à l’histoire d’une puissance impériale. Mais le Brexit éclaire durement les changements du positionnement britannique : illusions sur la bienveillance américaine ; dépendance vis-à-vis des normes européennes sans pouvoir peser sur elles ; limitation des moyens d’influence extérieure. Union européenne et Royaume-Uni doivent trouver les moyens d’une nouvelle coopération, en particulier dans le domaine de la sécurité.