Élection de Lee Jae-myung en Corée du Sud : des réformes internes et une certaine continuité dans la politique étrangère
Le peuple a voté. Lee Jae-myung, candidat du Parti démocrate, a remporté l’élection présidentielle six mois seulement après la destitution de son prédécesseur.
Le président Yoon Suk-yeol avait tenté, le 3 décembre 2024, d’instaurer la loi martiale pour des raisons fallacieuses. Ce coup de force a provoqué une vague de protestations, aboutissant à la chute de Yoon et à son inculpation, ainsi qu’à une profonde crise politique qui paralyse la Corée du Sud depuis lors.
Lee Jae-myung a remporté le scrutin avec 49,42 % des votes, et le plus grand nombre absolu de voix (17,2 millions) qu’un candidat à la présidentielle ait jamais obtenu. Pour autant, les résultats relativement élevés des deux partis conservateurs, Pouvoir au peuple (PPP, 41,15 %) et le parti Réforme (8,34 %), montrent que le clivage progressiste-conservateur a encore de beaux jours devant lui.
Lee Jae-myung réussit ainsi un retour politique spectaculaire alors qu’il est lui-même poursuivi pour des malversations financières et électorales. Lee Jae-myung entre en politique dans les années 2000 au sein du parti qui deviendra par la suite le Parti démocrate. Il se présente à la primaire du Parti démocrate en 2017, mais s’incline face à Moon Jae-in qui remportera l’élection présidentielle. Il sera le candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2022, mais sera battu dans un mouchoir de poche par Yoon Suk-yeol, avec 0,76 % d’avance seulement. Le parcours politique de Lee a été jalonné de controverses et d’affaires judiciaires, dont plusieurs accusations de corruption. Dernier rebondissement en date : le 1er mai 2025, la Cour suprême coréenne a annulé la décision de la Cour d’appel ayant relaxé Lee Jae-myung dans une affaire de corruption. Son élection lui procure désormais l’immunité présidentielle, repoussant sine die son procès qui devait se tenir en juin 2025.
Fort de la majorité absolue remportée par le Parti démocrate aux élections législatives d’avril 2024, Lee Jae-myung dispose d’une large marge de manœuvre pour gouverner – une situation qui contraste fortement avec celle de son prédécesseur, dont le mandat avait été largement entravé par une Assemblée nationale dominée par l’opposition. Le parti conservateur de Yoon Suk-yeol, avait alors subi une défaite électorale cinglante, à la suite de la forte hausse des prix de l’alimentation, d’une série de scandales impliquant le président et son épouse, et de divisions internes. Yoon s’était alors retrouvé dans une situation de blocage, incapable de faire adopter la moindre mesure par le Parlement.
Plusieurs défis de taille attendent Lee Jae-myung sur le plan intérieur : une société de plus en plus clivée, des difficultés économiques et un taux de natalité au plus bas. Sur le plan international, Lee Jae-myung devra naviguer entre la rivalité sino-américaine exacerbée, la stabilisation de la relation avec le Japon, et la Corée du Nord, enjeu de sécurité numéro un du pays.
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Alexandre Haym est doctorant en sciences politiques à l’université Yonsei, à Séoul. Ses domaines d’intérêt sont la politique comparée, en particulier la politique coréenne et japonaise. Il est actuellement président du Club de réflexion et de recherche sur la Corée (CRRC) et éditeur à la maison d’édition L’Atelier des Cahiers.
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