75 millions de nouveaux pauvres en Inde: le modèle de développement indien à l’épreuve du COVID-19
En réaction à la propagation mondiale du COVID-19, le gouvernement indien a instauré en mars 2020 des mesures de confinement parmi les plus strictes au monde.
L’activité économique a été mise à l’arrêt pendant plus de deux mois, privant ainsi de moyens de subsistance les trois quarts de la population active qui ne bénéficient d’aucune forme de protection sociale. Les baisses de revenus engendrées par les mesures de confinement ont entraîné, selon nos estimations, 75 millions d’individus dans la pauvreté, ce qui constitue un recul majeur du développement. Par comparaison, la croissance économique soutenue des deux dernières décennies, à plus de 6 % en moyenne par an, avait permis d’extraire 248 millions d’individus de la pauvreté.
Face à la crise du COVID-19, l’économie indienne s’est donc révélée particulièrement fragile. Ceci tient à la nature de sa croissance qui a été portée par des secteurs intensifs en main-d’œuvre qualifiée et peu créateurs d’emplois, tandis que le secteur manufacturier est, pour des raisons historiques, demeuré sous-développé. Le transfert intersectoriel de la main-d’œuvre a été entravé, de sorte que plus de la moitié de la population vit encore de l’agriculture, celle-ci ne contribuant pourtant qu’à 16 % de la valeur ajoutée. De plus, un ensemble de réglementations a encouragé les entreprises à rester petites et atomisées. La majorité de la population travaille dans des unités familiales de production et le salariat ne concerne que 10 % de la population active. Les emplois sont donc fortement exposés aux chocs, et les filets de sécurité restent rares.
Le gouvernement Modi a mis en place un plan de relance, qui vise moins à atténuer le choc du confinement, qu’à poursuivre sa stratégie d’industrialisation entamée en 2014 au travers du programme « Make in India ». L’ambition du programme Atmanirbhar Bharat (« Inde autosuffisante ») est de poursuivre l’intégration de l’Inde dans les échanges commerciaux internationaux tout en protégeant son marché intérieur. Cependant, les tendances du commerce mondial restent incertaines à l’heure où de nombreux pays pourraient également céder à la tentation du protectionnisme. L’économie indienne reste néanmoins encore très dépendante de la demande interne, dont l’affaiblissement en 2019 avait donné lieu à des performances jugées décevantes. La hausse de la pauvreté pèsera lourd sur la capacité de l’Inde à renouer durablement avec une croissance soutenue.
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