Le tournant conservateur de l'Islam indonésien: implications pour les présidentielles de 2019
Si l’Indonésie a la réputation d’être un pays d’islam modéré, l’influence du conservatisme religieux a considérablement grandi ces dernières années et constitue un enjeu important des élections présidentielles d’avril 2019.
Lors de la campagne pour les élections au poste de gouverneur de Jakarta en 2017, des milliers de musulmans se sont massés pour manifester contre Ahok, le favori et candidat d'un groupe ethnique et religieux minoritaire, l'accusant de blasphème. De nombreux observateurs ont estimé que l’ampleur sans précédent de ces rassemblements et l’atmosphère générale de la campagne électorale ont marqué un tournant dans l'évolution de l'islam indonésien.
Cet article analyse le bouleversement à l’œuvre dans l'islam indonésien, l'islam modéré étant en fort déclin alors que l'islam conservateur gagne du terrain. L'islam radical et l'extrémisme violent en Indonésie ne seraient ainsi que la partie émergée de l’iceberg : la résurgence de l'idéologie islamique conservatrice et l’islamisation à grande échelle de la société indonésienne sont en effet apparues durant l’ère de la Réforme.
Ce tournant conservateur est alimenté par un nombre croissant de groupes et de dirigeants très efficaces et agiles qui s'appuient sur des leaders charismatiques et sur le marketing numérique pour diffuser une idéologie conservatrice auprès des jeunes.
La chute d’Ahok a été à bien des égards le résultat de ce tournant conservateur. Si la religion et la politique identitaire n’étaient pas les seuls facteurs en cause (il existait de véritables griefs socio-économiques liés à la politique d’Ahok), il est évident que la religion a joué un rôle déterminant dans les décisions de vote. L’arrivée d’une nouvelle génération de musulmans qui ne tolère pas les minorités en Indonésie pourrait renverser des siècles de coexistence harmonieuse et pacifique, avec des conséquences désastreuses pour la démocratie.
La capacité des deux organisations islamiques modérées (Muhammadiyah et Nadhlatul Ulama - NU) à s'ériger comme un rempart contre l'islam conservateur a considérablement diminué. Représentants de la société civile islamique, le Muhammadiyah et le NU doivent en effet conserver leur neutralité et ne pas devenir des pseudo-partis politiques. Ils pourraient cependant s’investir davantage en politique, sans favoriser l’un ou l’autre des partis. Il serait nécessaire que ces deux organisations, en se recentrant sur leur base fondamentale (khittah), protège l’Indonésie contre la tentation des groupes conservateurs d’instrumentaliser l’élection présidentielle de 2019 (Pilpres) pour promouvoir leur projet de « chariatisation » du pays.
Cette note est disponible en anglais uniquement: The 'Conservative Turn' in Indonesian Islam: Implications for the 2019 Presidential Elections
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