La masse dans les armées françaises : un défi pour la haute intensité
Depuis 1990, les armées françaises n’ont eu de cesse de financer leur modernisation par la réduction des effectifs et du nombre de plateformes.
De plus en plus sophistiquées, elles n’en n’ont pas moins perdu en masse. Si jusqu’alors ce phénomène n’avait que peu de conséquences sur l’aptitude à emporter la décision, le retour de la compétition stratégique entre grandes puissances et la perspective d’engagements de haute intensité remettent en question l’arbitrage actuel entre quantité et qualité.
Alors que le format de la Marine nationale paraît taillé au plus juste, le double besoin de progressivité de la réponse et de concentration rapide des efforts au point décisif introduit l’impératif de masse. Il en va de même pour l’armée de Terre, où la perspective d’une confrontation face à un adversaire symétrique, capable de mobiliser des moyens à létalité équivalente voire supérieure, pose la question de la quantité d’hommes et d’équipements. Le retour de l’attrition dans un environnement aérien contesté et non-permissif exacerbe aussi le besoin de masse dans l’armée de l’Air et de l’Espace, à l’heure où sa structure de force est déjà fragilisée.
Les implications capacitaires de l’hypothèse d’engagement majeur invitent ainsi à repenser en partie le format des armées et la place de la masse dans la génération de la puissance militaire. Suivant les enjeux propres à chaque armée, les officiers d’active insérés comme chercheurs à l’Institut français des relations internationales se proposent ici de porter un regard décentré sur une question fondamentale, qui avait depuis trop longtemps fait figure d’impensé dans la réflexion stratégique française.
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