Dossier RAMSES 2020 : Le multilatéralisme a-t-il un avenir ?
Contesté par les États-Unis de Trump, par le retour d'anciennes puissances (Russie) et l'affirmation croissante de nouvelles (Chine), miné par l'action d'acteurs régionaux de moins en moins contrôlables, sous quelles formes le multilatéralisme peut-il renaître, et quels domaines doit-il privilégier : commerce, gestion des crises, environnement, désarmement ?
Les trajectoires du multilatéralismePar Pierre Grosser |
Le multilatéralisme témoigne dès sa naissance au XXe siècle de ses liens avec les rapports de puissance : il est guidé par la prédominance des États-Unis et de l’Occident. Il prend un nouveau visage dans les années 1990, pour finalement régresser rapidement. Le système international est partagé aujourd’hui entre logique unipolaire, construction d’une nouvelle bipolarité, et une a-polarité que la gouvernance globale peine, pour l’heure, à maîtriser... (lire la contribution) |
Nations unies :
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Aux Nations unies, l’Assemblée générale a d’abord rêvé de redessiner un ordre économique international plus juste, mais c’est une négociation de « clubs » (G7, G20…) qui s’est progressivement mise en place. En matière politique, le multilatéralisme théorique du Conseil de sécurité se transforme en négociations entre puissances. Il importe avant tout qu’existe un dialogue, au premier chef lorsqu’est envisagé le recours à la force, dûment encadré par la Charte... |
Le système commercial multilatéral sous pressionPar Françoise Nicolas |
La création de l’OMC en 1995 a confirmé les principes du GATT, tout en institutionnalisant leur mise en oeuvre. Le nouveau contexte économique – émergence de nouveaux acteurs, changement de la nature des échanges… – ainsi que la contestation du Mécanisme de règlement des différends ont conduit à la multiplication des accords hors-OMC, et à la contestation globale de cette dernière. C’est aujourd’hui le fondement même de l’ordre commercial multilatéral inventé dans l’après-guerre qui est remis en cause... |
Le multilatéralisme
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La protection de l’environnement, à travers le climat et la biodiversité, est devenue un enjeu international et des politiques intérieures. Une action concertée à l’échelle mondiale s’impose comme étant la plus efficace, la plus juste et la moins coûteuse, mais les efforts demeurent jusqu’ici largement insuffisants. Miser sur le multilatéralisme, c’est aussi nourrir une prise de conscience, et associer les acteurs non étatiques à un changement profond des modes de production et d’organisation des sociétés... |
La diplomatie des clubsPar Serge Sur |
À un moment où l’idée même de multilatéralisme semble remise en cause, la diplomatie des groupes semble bien vivante. Elle est très diversifiée, dans la nature même des groupes, dans leurs objectifs, et dans leur efficacité. Mais elle constitue un élément essentiel des dialogues internationaux, affirmant la prééminence de la négociation, l’intérêt de la soft law, et initiant parfois d’importants accords formels.... |
L'Europe multilatérale au défi de la puissancePar Éric-André Martin |
L’effacement des États-Unis comme puissance tutélaire de l’ordre libéral contraint l’UE à prendre ses responsabilités pour préserver le multilatéralisme, principe au coeur de son modèle universaliste. Elle doit pour cela se doter de moyens lui permettant d’assurer sa souveraineté, et réviser une doctrine de plus en plus déphasée avec les réalités du moment. Faute de quoi elle risque de se faire marginaliser face à l’affirmation de puissances porteuses de modèles alternatifs... (voir la vidéo) |
Trump est-il une menace pour la puissance des États-UnisPar Julien Tourreille |
En contestant les valeurs de l’ordre international libéral, le président Trump rompt avec le consensus de ses prédécesseurs depuis 70 ans. La doctrine de la « pression maximale » devient la caractéristique principale de sa diplomatie. Elle se déploie indistinctement à l’encontre des adversaires désignés de Washington ou de ses partenaires. Loin de stabiliser les crises ou d’agréger les soutiens autour des États-Unis, cette doctrine pourrait renforcer leur isolement et favoriser l’émergence de modèles alternatifs à celui qu’ils dominent depuis 1945... |
La problématique des sanctions internationalesPar Denis Bauchard |
Les sanctions internationales, instrument multilatéral décidé et contrôlé par l’ONU, ont été rares jusqu’à la fin du XXe siècle. Avec l’affaire irakienne, elles se multiplient et sont décrétées par des acteurs divers et à l’encontre d’entités multiples. Elles sont aujourd’hui souvent l’instrument d’actions unilatérales, et contraignantes bien au-delà de l’État visé, pour une efficacité contestable, l’exemple de l’Iran étant emblématique... |
L'ordre nucléaire international est-il menacé ?Par Corentin Brustlein |
La complexe architecture de la maîtrise des armements mise en place à la sortie de la guerre froide est aujourd’hui menacée par les affirmations de puissance unilatérales de Washington, Moscou ou Pékin, qui semblent mettre en cause l’ensemble des accords signés. Au-delà des stratégies des puissances dominantes, c’est tout le régime de non-prolifération qui pourrait être menacé. Aux traités existants pourraient à terme se substituer des normes plus souples, moins contraignantes, mais aussi moins efficaces... |
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Dossier RAMSES 2020 : Le multilatéralisme a-t-il un avenir ?
Ultima Ratio Regum : quelle puissance de feu pour les armées françaises ?
Alors que la Russie et l'Ukraine s'affrontent dans une guerre d'usure où missiles et drones pleuvent dans la profondeur stratégique de l'adversaire, l'Iran use de sa puissance de feu, appuyée par sa main mise sur le détroit d'Ormuz, pour assurer la survie du régime. Dès lors, l'enjeu d'un modèle de feu performant pour les armées françaises apparaît comme crucial dans la construction d'une défense européenne et nationale crédible à l'aune d'un retour de la guerre de haute intensité.
Comment les changements de l’opinion publique ont-ils influencé ou contraint les choix de politique étrangère dans votre pays ? Le cas français
En France, la politique étrangère fait partie de ce que l’on appelle le « domaine réservé » du président de la République. Depuis qu’il est entré en fonction, Emmanuel Macron n’a – à notre connaissance – jamais reconnu une quelconque influence de l’opinion publique sur sa politique étrangère.
Faire face à l'arsenal russe hypervéloce : défis et solutions pour l'Europe
Depuis février 2022, les frappes de missiles et de drones à longue portée russes contre l'Ukraine rappellent presque quotidiennement ce que les États européens pourraient affronter dans une guerre contre la Russie. Les mêmes systèmes d'armes qui frappent les infrastructures et les centres de population ukrainiens seraient dirigés contre des cibles militaires et civiles européennes dans toute confrontation entre la Russie et l'OTAN. À mesure que la production russe de missiles s'accélère et que son arsenal se diversifie, l'Europe doit se confronter à une question inconfortable : comment dissuader, et le cas échéant combattre, l'arsenal de frappe russe à longue portée ?
Identifier la menace terroriste avec lucidité et objectivité
Il y a 20 ans, en 2006, le gouvernement français a produit un Livre blanc sur la sécurité intérieure face au terrorisme. Un passage de ce document expliquait pourquoi la France rejetait le concept américain de « guerre globale contre le terrorisme », bien que des soldats français aient été déployés en Afghanistan dès 2001 au sein de la coalition menée par les Etats-Unis. La raison principale était juridique : qui dit guerre, dit législation d’exception. Mais elle était aussi stratégique : dans la mesure où des ressortissants de pays occidentaux rejoignent des groupes djihadistes, reconnaître un état de guerre pourrait conduire sur la pente glissante vers la guerre civile.