Entre concentration et dispersion : le bel avenir de la puissance
La notion de puissance a fait l’objet de nombreux travaux dans le domaine des relations internationales. Au cours de la prochaine décennie, l’évolution de la puissance sera caractérisée par des dynamiques de concentration et de dispersion. D’une part, le système mondial sera marqué par l’affrontement de deux superpuissances, les États-Unis et la Chine. D’autre part, les capacités d’action individuelles seront démultipliées par les technologies de l’information et de la communication.
Loin d’être un absolu – « mais une relation humaine » –, la puissance se conçoit sur les plans théorique et politique. À la fois concept d’analyse et principe d’action, elle est désormais comprise sous ses diverses formes, tout en faisant l’objet d’une historiographie la magnifiant ou, au contraire, la décriant.
Sans doute faut-il commencer par distinguer la puissance, qui suppose une accumulation de moyens, et l’exercice de la puissance, qui exige une volonté propre. La première se développe, s’apprécie ou se déprécie sur la durée, alors que le second se heurte inévitablement à l’ordre des choses, et revêt à ce titre une charge conjoncturelle. L’une et l’autre ne peuvent se comprendre qu’en fonction de différentes échelles de temps, car aucune puissance n’est née grande. Pour le devenir, elle doit disposer d’un portefeuille de ressources (humaines, morales et matérielles) et le faire fructifier en fonction d’un projet, qui varie non seulement sous l’effet de forces internes et externes, mais surtout de la direction, au sens de l’intention, qui lui est donnée. L’ensemble des réaménagements virtuellement réalisables constitue le potentiel. Cette approche permet de définir la puissance comme « la combinaison du potentiel et du passage à l’acte ».
L’analyse de l’environnement rappelle que « les facteurs de puissance ne sont pas les mêmes de siècle en siècle ». À titre d’exemple, la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale remise à Emmanuel Macron en octobre 2017 souligne la réapparition de la compétition militaire : « La hiérarchie de la puissance internationale est aujourd’hui en évolution rapide. L’incertitude, l’anxiété ou au contraire les ambitions nouvelles générées par cette situation mouvante sont en soi facteurs de risque. La compétition, d’abord économique et technologique, s’étend de plus en plus au domaine militaire » Cette entrée en matière revient à souligner une évidence souvent oubliée : l’opposition entre conduites économique et diplomatico-stratégique ; la première poursuit un objectif relativement limité alors que la seconde se déroule « à l’ombre de la guerre ». C’est tout l’art du politique de savoir les distinguer, pour mieux les conjuguer. […]
PLAN DE L'ARTICLE
- La Chine au sommet de la hiérarchie mondiale ?
- L’échiquier et la toile, ou la fusion de la puissance
Thomas Gomart est directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il vient de publier L’Affolement du monde, Paris, Tallandier, 2019.
Article publié dans Politique étrangère, vol. 84, n° 1, printemps 2019
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