La diplomatie climatique sino-américaine
Lors de la COP26, Pékin et l'administration Biden se sont engagés à raviver la coopération sino-américaine sur le climat, au nom de leur intérêt commun à préserver sa stabilité. La tentative d'isoler cette question des nombreux différends qui opposent la Chine et les États-Unis a pourtant de maigres chances d'aboutir. Les deux plus grands émetteurs mondiaux devront améliorer le cadre général de leur relation bilatérale pour pouvoir, ensuite, collaborer étroitement et efficacement sur le climat.
Les phénomènes climatiques extrêmes font les unes du monde entier, l’influence humaine ayant réchauffé le climat à un rythme sans précédent au cours des deux derniers millénaires
. Les deux plus grands émetteurs de dioxyde de carbone (CO2), Chine et États-Unis, ont un rôle clé à jouer dans toute solution mondiale, mais la détérioration des relations sino-américaines a altéré la capacité des deux pays à collaborer.
Des relations à contre-courant du rééquilibrage des puissances
En 1978, Deng Xiaoping a ouvert l’économie fermée et agraire de la Chine au monde extérieur. La politique « de réforme et d’ouverture » a été soutenue par les États-Unis, qui ont immédiatement transféré leur reconnaissance diplomatique de Taipei à Pékin au 1er janvier 1979. Entre cette date et 1991, le produit intérieur brut (PIB) nominal de la Chine a augmenté de près de 15 % par an. Mais du fait de la forte dévaluation du yuan (¥) face au dollar ($) – de 1,7 ¥/$ en 1978 à 5,3 ¥/$ en 1991 –, la faible part de la Chine dans l’économie mondiale, mesurée en dollars courants, a légèrement régressé : de 1,7 % en 1978 à 1,6 %.
Puis, en 1991, la chute de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide ont entraîné une redistribution profonde de la puissance entre États, marchés et sociétés civiles. Les gouvernements ont dû partager leur pouvoir – y compris des fonctions politiques, sociales et sécuritaires au cœur de la souveraineté – avec des entreprises, des organisations internationales et de multiples organisations non gouvernementales (ONG). D’où la fin provisoire de la croissante concentration du pouvoir dans les mains des États, initiée en 1648 par les traités de Westphalie, parallèle à la concentration de puissance par l’Occident, face à un Orient en déclin.
[…]
La Chine décide de renforcer son engagement dans la mondialisation et rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, alors que les attaques terroristes du 11 Septembre faisaient sentir leurs ondes de choc géopolitiques dans le monde entier. Rétrospectivement, la période précédant 2001 pourrait être vue comme la phase « gagnant-gagnant » des relations sino-américaines, la part des deux pays dans l’économie mondiale étant alors en augmentation. À la grande satisfaction des élites américaines, la Chine est restée un partenaire de second rang pendant toute cette période, son PIB ne représentant en 2001 que moins de 13 % du PIB américain, et ses émissions de CO2 60 % de celles produites par les États-Unis. […]
PLAN
- Des relations à contre-courant du rééquilibrage des puissances
- Historique de la diplomatie climatique sino-américaine
- Perspectives d’une diplomatie climatique sino-américaine
Kevin Tu est chercheur associé au Centre Énergie et Climat de l'Ifri. Il est également conseiller senior du think tank allemand Agora Energiewende, et professeur adjoint à l'École d'environnement de l'Université normale de Pékin.
Traduit par Cadenza Academic Translations.
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La diplomatie climatique sino-américaine
Des empires dans tous leurs États
L’idée d’empire s’est concrétisée en Europe dans une histoire complexe, héritière de l’éclatement de l’empire romain, du Saint-Empire romain germanique à l’empire austro-hongrois et à celui des tsars. Les empires peuvent être des facteurs de paix en internalisant les conflits, mais aussi, comme au xxe siècle, facteurs de guerre. Leur dissolution conduit souvent à l’instabilité ; mais leur mode de fonctionnement pré-national pourrait aussi aider à penser le post-national.
Les débats contemporains sur « la fin des États »
La thématique de « la fin des États » a suscité de vigoureux débats dans les cercles universitaires dans les années 1970 et à la fin de la guerre froide. Ils ont connu de nouveaux développements après le 11 septembre 2001, la crise économique de 2008, le Brexit et la victoire de Donald Trump. Si l’on examine ces débats à travers un triple prisme – stratégique, économique et morphologique –, on s’aperçoit que l’opposition entre disparition et résistance des États est largement stérile.
Danser avec les États
Depuis les années 1990, l’Europe a connu un processus de fragmentation, et ses États les plus anciens subissent aujourd’hui des tentations sécessionnistes. Ailleurs, nombre d’intégrités territoriales ont volé en éclat et la mondialisation accouche, de fait, d’une multiplication des structures étatiques. Sur l’impuissance de nombre des nouveaux États rôde l’ombre des empires, mal disparus ou renaissants, et la sécession ne garantit pas le fonctionnement harmonieux des nouveaux États.
Chine : l’énergie, un enjeu stratégique
Les besoins énergétiques de la Chine sont très importants et vont continuer à augmenter. Du développement économique et de la réduction de la pauvreté dépend la stabilité du Parti communiste. Pékin est déjà le premier importateur de pétrole et de gaz et le premier producteur et consommateur de charbon. Le facteur énergétique joue un rôle central dans les décisions stratégiques des dirigeants chinois qui font preuve d’un « internationalisme utilitariste fortement teinté de Realpolitik ».