La Russie face à la mondialisation : la voie du trans-impérialisme
Grâce à ses ressources énergétiques, la Russie est de retour dans l’économie mondiale dans son voisinage proche, et dans le rapport global des puissances. Elle n’est ni post-impériale, ni néo-impériale. Elle peut plutôt être qualifiée de trans-impériale, en ce sens qu’elle tente de reproduire à l’échelle internationale le système des relations patrons-clientèle qui structurent l’actuel pouvoir à Moscou. Ce trans-impérialisme appelle une réponse coordonnée entre Europe et États-Unis.
La nouvelle politique étrangère russe change la donne mondiale. En Asie centrale, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est un instrument de coopération militaire et économique sino-russe toujours plus efficace. Les négociations énergétiques russes avec le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Ukraine et la Chine ont offert de nombreux avantages à la Russie : des contrats d’exclusivité pour exporter à des prix majorés, des accords sur son contrôle de pipelines stratégiques, et même des dispositions de co-investissement pour les compagnies russes à l’étranger. Après une décennie d’inaction dans les conflits séparatistes en Géorgie et en Moldavie, Moscou adopte un nouveau cours, en appelant aux normes internationales d’autodétermination et à l’éventuel précédent d’un Kosovo indépendant pour, peut-être, recouvrer son hégémonie sur la région. Ces deux dernières années, Moscou s’est opposée aux politiques occidentales de démocratisation des pays post-soviétiques en s’alliant à des leaders également réticents à la démocratie. Bien que l’issue des négociations sur le nucléaire iranien reste incertaine, Moscou ne craint pas de promouvoir un nouveau partenariat stratégique avec la plus grande puissance régionale du Moyen-Orient. En Europe, la Russie de Vladimir Poutine a remporté un franc succès par ses relations bilatérales avec des pays clés, sapant ainsi la cohésion de l’Union européenne (UE), éliminant les avantages qu’auraient pu gagner les pays européens à une approche multilatérale de Moscou. Quant États-Unis, ils ont depuis 2006 plus besoin de la Russie de Poutine − sur des questions qu’ils considèrent prioritaires (Corée du Nord, Iran, sécurité dans l’espace eurasiatique, énergie) − que Moscou n’a besoin d’eux.
Les résultats de la nouvelle politique étrangère russe doivent beaucoup à la chance : hausse des prix de l’énergie, cauchemar irakien pour l’Amérique, ralentissement de la démocratisation et de la libéralisation dans l’espace eurasiatique, force de l’émergence des possibles puissances mondiales du XXIe siècle en Asie. Mais les conditions peuvent bien être favorables, il n’en reste pas moins qu’il existe une stratégie russe, déployée au moment propice. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Les orientations de la politique russe
- Néo-impérialisme ou post-impérialisme ?
- La question de la mondialisation
- L’autoritarisme patrimonial
- Le trans-impérialisme
- La politique étrangère russe et les choix occidentaux
Ce texte a été publié pour la première fois dans le nᵒ 1 :2007 de Politique étrangère.
Celeste A. Wallander, diplomée de Yale et ancienne directrice du programme Russie-Eurasie du Center for Strategic and International Studies, est Visiting Associate Professor à la School of Foreign Service de l’université de Georgetown.
Texte traduit de l’anglais par Jessica Allevione.
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