L’Allemagne maintient sa zone de prix unique dans l’électricité : implications
En décembre 2025, l’Allemagne a refusé de scinder sa zone d’enchères malgré les recommandations du Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (ENTSO‑E), afin de préserver son unité fédérale, la liquidité de marché et la compétitivité de son industrie, au prix de déséquilibres Nord/Sud durables.
Le rejet de l’option d’une séparation en différentes zones de prix évite une fragmentation qui aurait favorisé le Nord (prix bas liés aux énergies renouvelables) au détriment du Sud (hausse potentielle de + 8 €/MWh). Cela rassure les industries du sud du pays, qui craignaient des délocalisations, et cela préserve l’unité économique, évitant une « fracture Nord/Sud ». Néanmoins, une granularité accrue des zones aurait permis d’envoyer des signaux-prix localisés, susceptibles de limiter l’ampleur des besoins d’investissement dans les grands corridors de courant continu à haute tension (HVDC) – SüdLink, SüdOstLink, A-Nord –, dont les coûts dépassent désormais plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Le gouvernement fédéral allemand a clairement indiqué que c’est par l’investissement dans de grands projets d’infrastructure du réseau qu’il ambitionne de résoudre les déséquilibres.
Ce choix est soutenu par un dispositif financier et industriel puissant (subvention partielle de 5 c€/kWh pour une partie de l’industrie, développement massif de centrales à gaz) et par l’entrée au capital de gestionnaires de réseaux de la banque publique KfW. Ce mouvement marque une inflexion stratégique : face à l’explosion des coûts d’investissement réseau, Berlin choisit de réancrer partiellement les infrastructures critiques dans la sphère publique afin de sécuriser leur financement et de réduire le coût du capital.
Le maintien d’une zone de prix unique génère des congestions et des loop flows qui se déversent vers les pays voisins, contraints d’investir dans leur réseau pour gérer des flux dont ils ne tirent pas toujours un bénéfice économique direct.
La combinaison « zone unique + investissements réseau + redispatch renforcé + subventions industrielles » témoigne d’une volonté de préserver l’unité fédérale tout en poursuivant une Energiewende où les moyens de production seront installés au Nord. Cependant, le déséquilibre Nord/Sud persiste structurellement. Le Nord demeure un producteur net d’électricité renouvelable, le Sud un consommateur net dépendant des importations. Les spreads de prix Nord/Sud ne disparaîtront pas et pourront s’accentuer (développement éolien offshore en mer du Nord). La zone unique masque cette réalité sans la résoudre, transférant les coûts d’ajustement vers le budget fédéral et les réseaux voisins via les loop flows.
L’Allemagne n’a pas résolu ses problèmes ; elle les a administrés et en a transféré une partie du coût vers l’Europe. Le débat sur les bidding zones révèle ainsi la tension croissante entre optimisation européenne et souveraineté énergétique nationale. Pour la France, exportatrice structurelle d’électricité, cette situation entraîne une sous-valorisation de sa rente d’exportation et nécessiterait de valider les interconnexions supplémentaires à condition que les réseaux allemands Nord/Sud soient construits et opérationnels.
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