Le Sud contre l’Occident ?
2023 a vu se multiplier les forums amplifiant, de plus en plus, la voix d’un « Sud global ». Pour contradictoires et divisés qu’ils soient, ces forums (Brics+, OCS, G20, groupe des 77, sommet des Nouvelles routes de la soie…) expriment de nouveaux rapports de force, et surtout de nouvelles diplomaties, refusant l’alignement sur les puissances hier dominantes et privilégiant les intérêts d’États. Un nouveau monde se dessine, aux contours mouvants, encore incertains.
Au-delà des logiques de recomposition diplomatique, les chaînes d’approvisionnement constituent un autre facteur décisif pour appréhender le monde de demain, surtout quand elles concernent les matériaux critiques pour les technologies de la transition industrielle et énergétique. Les accords et solidarités qui s’ébauchent ici seront déterminants. Le choix des logiques à privilégier, logiques économiques ou logiques politiques, est aujourd’hui un enjeu stratégique essentiel.
C’est que l’économie reste, in fine, la condition de la puissance. À cet égard, l’Occident a sans doute mal anticipé la résilience d’une économie russe plus vivace qu’imaginé, même si la mobilisation et l’isolement induits par la guerre annoncent, à terme, des jours difficiles pour Moscou. Quant à l’Égypte, acteur pourtant central du nouveau drame proche-oriental, l’état dramatique de son économie cache mal une dégradation politique et sociale plus générale, et préoccupante.
"Les anciennes puissances, toujours puissantes mais moins régnantes, vont devoir inventer de nouveaux rapports avec ce Sud à la fois uni et contradictoire, et chacune de ses composantes. [...] La formation en tortue romaine autour de la conscience de nos vertus et de nos valeurs ne trahirait que l'ignorance d'un état du monde nouveau, auquel il est urgent de se confronter.", Dominique David, extrait de l'éditorial.
(en librairie le 5 décembre 2023)
LE SUD CONTRE L'OCCIDENT ?
Le Sud global est de retour, et pour de bon, par Jorge Heine
Les économies du Sud global à l’heure chinoise, par Norbert Gaillard
Les BRICS : les incertitudes d’un forum « alternatif », par Julien Vercueil (lire cet article)
OCS : une organisation régionale post-occidentale, par David Teurtrie
MINERAIS : LES INTERDÉPENDANCES CRITIQUES
Minerais critiques : une diversification problématique, par John Seaman
Géoéconomie du lithium, par Vincent Bos et Marie Forget
ACTUALITÉS
Guerre d’Ukraine : où en est l’économie russe ?, par Vladislav Inozemtsev (lire cet article)
Les entreprises multinationales et le conflit en Ukraine, par Aurélien Lambert
L’Égypte et ses crises : too big to fail ?, par Joseph Salama
REPÈRES
France et États-Unis : les logiques de l’inflation, par Quentin Simon
Économie indienne, un modèle porteur, mais fragile, par Paul Salez
Iran-Afghanistan, vers un conflit pour l’eau ?, par Kevan Gafaïti
LECTURES
Sous la responsabilité de Marc Hecker
La Pensée et l'Action, de Thierry de Montbrial
Histoire de mon temps, de Thierry de Montbrial
Regards distanciés sur le monde actuel (tomes I et II), de Thierry de Montbrial
Par Wilhelm Dancă
The Sino-Indian Rivalry: Implications for Global Order, de Šumit Ganguly, Manjeet S. Pardesi et William R. Thompson
Understanding the India-China Border: The Enduring Threat of War in High Himalaya, de Manoj Joshi
Par Isabelle Saint-Mézard
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Les diplomaties navales en Méditerranée
Si le concept de « diplomatie navale » date des années 1970, la réalité qu’il recouvre est très ancienne. L’histoire de la Méditerranée en témoigne : depuis l’Antiquité, les forces navales y ont été utilisées à des fins politiques. Les rapports de forces dans cette mer sont en train de changer. Les États-Unis se retirent progressivement, laissant la place à d’autres acteurs, en particulier la Russie. L’Europe, minée par la crise économique et les divisions, ne parvient pas à s’imposer.
Le « commerce migratoire » euroméditerranéen
Marseille a longtemps été une plaque tournante du commerce « à la valise ». Les échanges avec le Maghreb étaient particulièrement nombreux, du fait de la taille de la communauté algérienne dans le sud de la France et de l’importance du trabendo dans l’économie algérienne. Toutefois, depuis une vingtaine d’années, Istanbul tend à remplacer Marseille comme centre du « commerce migratoire ». Les flux commerciaux générés par les migrants ont désormais de nombreuses ramifications en Asie.
Migrations en Méditerranée : la crise de l’asile
La croissance économique des Trente Glorieuses, le choc pétrolier de 1973 et la guerre du Golfe de 1991 ont eu un impact très fort sur les migrations dans le bassin méditerranéen. Dans les années 1990 et 2000, l’immigration irrégulière vers l’Europe s’est développée. Les dispositifs de contrôle des flux migratoires conçus à cette époque se révèlent totalement inadaptés à la situation post-révolutions arabes. L’Europe fait désormais face à une triple crise : économique, des réfugiés et de l’asile.
Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées
L’Union européenne tente depuis plus de trois décennies de définir une stratégie méditerranéenne. Mais ni le processus de Barcelone, ni la Politique européenne de voisinage, ni l’Union pour la Méditerranée n’ont pu créer une communauté méditerranéenne pour le développement ou la sécurité. Les perspectives actuelles sont peu encourageantes, même si la situation dans nombre de pays de la rive sud, et les conflits du Levant ou du Sahel, rendent une telle stratégie encore plus pressante.