De Trump à Xi Jinping : la grande rupture de la mondialisation
La politique commerciale de la seconde administration Trump constitue une rupture avec les engagements internationaux des États-Unis et un séisme pour le système commercial multilatéral. Son effet déstabilisant est renforcé par les excédents commerciaux démesurés de la Chine, qui ont doublé depuis la crise sanitaire de 2020. Nous entrons dans une nouvelle ère marquée par une érosion des normes au profit de logiques transactionnelles. Pour l'Europe, le défi est de taille.
En 2025, les relations économiques internationales ont subi un bouleversement probablement sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les décisions de l'administration Trump en sont la cause immédiate la plus visible. Leur dimension commerciale est loin d'être la seule, mais elle mérite qu'on s'y arrête pour mesurer les changements – et même la rupture – à l'œuvre, leur sens et leurs répercussions.
Au-delà du court terme, la question est de savoir quelles en seront les conséquences durables. Il faut donc d'abord élargir la focale pour faire ressortir la seconde force structurante des évolutions commerciales des dernières années : la position de plus en plus dominante de la Chine dans l'industrie mondiale. Pour les pays tiers, le protectionnisme américain ne fait qu'aviver le tranchant du mercantilisme chinois. Sur fond de tensions géopolitiques et d'arsenalisation croissante des interdépendances, c'est un redoutable effet de ciseau qui s'ensuit pour le commerce mondial, et plus largement pour l'environnement économique international. [...]
PLAN DE L'ARTICLE
- Trump II : un séisme planétaire
- Continuités en Chine : une menace pour la coordination internationale
- Une nouvelle ère, mais laquelle ?
Sébastien Jean est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et directeur associé de l'Initiative géoéconomie et géofinance à l'Ifri.
Article publié dans Politique étrangère, vol. 91, n° 1, 2026.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL’Europe, la puissance et la finance
La finance est devenue un attribut essentiel de la puissance. Son importance est accrue par les investissements considérables requis par les transitions énergétique et numérique, ou encore par la nécessité de soutenir les économies frappées par la pandémie de COVID-19. En matière de puissance financière, l’Union européenne dispose de nombreux atouts, à commencer par sa monnaie unique, mais elle souffre aussi de véritables handicaps, particulièrement visibles au moment de la présidence Trump.
Corées : perpétuellement vers la paix ?
Au cours des cinq dernières années, les périodes d’ouverture et de tension se sont succédé dans la péninsule coréenne. Donald Trump pensait pouvoir obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord par ses relations personnelles avec Kim Jung-un. Il a échoué. L’administration Biden se veut plus réaliste et méthodique. Elle pourrait choisir des options intermédiaires, plus modestes, tout en conservant l’objectif lointain d’un démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.
Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
Vitrine des Émirats arabes unis, Dubaï n’a jamais complètement retrouvé la croissance d’avant la crise de 2009. La double crise sanitaire et économique est une nouvelle épreuve : Dubaï doit plus que jamais compter sur le soutien de l’émirat d’Abou Dhabi, cœur politique et sécuritaire de la Fédération. La phase actuelle confirme la prédominance politique d’Abou Dhabi dans la Fédération, et impose à Dubaï de redéfinir son modèle de développement, et son narratif.
Perspectives de l’endettement public
L’endettement public doit rester soutenable, adapté aux variations de la conjoncture, sauf à risquer des conditions d’emprunt dangereuses. Sa stabilisation dépend de la croissance, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à lever l’impôt. Les banques centrales peuvent prêter aux États, mais en prenant garde à une inflation affaiblissant les entreprises. L’annulation des dettes publiques par la Banque centrale européenne pourrait ouvrir un cycle d’inflation et de dépenses immaîtrisable.