Cercles dirigeants russes : infaillible loyauté au système Poutine ?
En dépit des sanctions inédites décrétées contre la Russie à la suite de la décision de Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine le 24 février 2022, aucun membre important des cercles dirigeants russes n’a fait défection.
Les milieux économiques affichent la même loyauté. Personne n’a même véritablement émis de critiques publiques contre cette décision, alors que nombreux sont ceux qui, selon des fuites dans la presse russe et diverses sources, la jugent en privé catastrophique pour l’avenir du pays. Ce silence s’explique en particulier par le caractère autoritaire du système politique façonné par le président russe. La puissance et la résilience du système poutinien tiennent notamment à sa nature kleptocratique et à son caractère « inclusif » : divers cercles, parfois concurrents, y sont intégrés et y prospèrent, tant qu’ils contribuent à sa perpétuation. Les structures de force et une partie des hauts fonctionnaires russes jouent un rôle clé dans le fonctionnement de ce système, en veillant à ce que chaque membre respecte les règles fixées par le président et serve un régime organisé autour des valeurs de la puissance de l’État, du patriotisme et du traditionalisme. Mais le cours de plus en plus conservateur de la politique conduite par Vladimir Poutine, qui se cristallise aujourd’hui dans la guerre en Ukraine et l’aggravation de la confrontation avec l’Occident, complique les relations au sein des élites dirigeantes, par-delà le clivage traditionnel entre conservateurs et libéraux.
Régis Genté est journaliste et spécialiste de l’ancien espace soviétique depuis 2002, basé à Tbilissi (Géorgie).
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