La guerre au commerce au XXIe siècle. Enjeux et défis pour la Marine française

La guerre au commerce en mer, définie comme le ciblage des navires marchands ou des infrastructures économiques d’un adversaire, demeure une pratique persistante malgré son interdiction formelle dans certaines configurations depuis le XIXe siècle. Les récents événements en Ukraine (blocus russe des ports en 2022) et en mer Rouge (attaques houthis en 2023) illustrent la permanence de cette stratégie dans un contexte de maritimisation croissante des échanges mondiaux.

Historiquement, la guerre au commerce a occupé une place centrale dans la pensée navale, de Vauban à la Jeune École en France, en passant par Mahan aux États-Unis. Elle a été largement pratiquée, notamment lors des deux guerres mondiales ou encore durant la « guerre des tankers » entre l’Iran et l’Irak dans les années 1980. Si elle visait initialement à affaiblir économiquement l’adversaire et à peser sur sa capacité à poursuivre la guerre, son efficacité stratégique a toujours été discutée, en raison des moyens importants requis et de la résilience des sociétés ciblées.
Aujourd’hui, la dépendance du commerce mondial aux mers (90 % des marchandises et 99 % des données transitent par voie maritime et câbles sous-marins) confère à cette pratique une actualité particulière. Les menaces peuvent provenir d’acteurs étatiques (Iran, Russie), hybrides (sabotages d’infrastructures sous-marines) ou non étatiques (pirates, rebelles houthis). Les infrastructures fixes (ports, câbles, pipelines ou parcs éoliens offshore) deviennent des cibles potentielles.
Le droit international encadre strictement ces pratiques: la Convention de Montego Bay, les Conventions de Genève et le manuel de San Remo fixent des limites précises (principe de distinction, protection des biens civils, encadrement du blocus et du minage).
Pour la France et ses alliés, la sécurisation des flux commerciaux constitue une priorité stratégique, comme en témoignent la Stratégie nationale de sûreté maritime (2015) ou la Revue nationale stratégique (2022). La Marine nationale joue un rôle central dans la protection des navires, des infrastructures et des points de passage stratégiques, mais cette mission reste consommatrice en moyens humains et matériels. L’usage parcimonieux du convoi naval, le recours accru aux drones et la coopération avec les alliés et acteurs privés apparaissent comme des réponses opérationnelles réalistes.
En matière offensive, attaquer le commerce ennemi pourrait avoir pour but principal de disperser ses forces et de créer un effet psychologique, plus que de paralyser son économie. Toutefois, cette stratégie demeure limitée par la mondialisation des flux, les risques de représailles (y compris nucléaires), les effets collatéraux sur sa propre économie comme sur celles de ses alliés et les contraintes du droit international.
Si la guerre au commerce en mer conserve une pertinence stratégique au XXIe siècle, elle doit être maniée avec prudence. Pour la France, il s’agit moins d’une arme décisive que d’un outil complémentaire de coercition et de dissuasion, à articuler avec une politique de protection active de ses propres intérêts maritimes et une coopération renforcée avec ses partenaires.
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