Réorganisation des chaînes de valeur : le cas de la Corée du Sud
En dépit des nombreuses discussions sur la réorganisation des chaînes de valeur et sur une éventuelle « désinisation » industrielle (due au découplage avec la Chine), la réalité de terrain offre une image bien différente comme le montre l’exemple de la Corée du Sud.
Les entreprises coréennes continuent d’accroître leurs investissements dans les pays voisins comme la Chine ou l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) sans que l’on observe de changement majeur au cours des deux dernières décennies. La décision de s’implanter dans un pays plutôt qu’un autre obéit toujours prioritairement à une logique économique même si les préoccupations de sécurité sont désormais prises en compte.
De même, bien que le souci de “relocaliser” (reshoring) figure depuis longtemps sur la liste des priorités du gouvernement coréen, les cas de relocalisation demeurent rares en dépit des nombreuses incitations offertes aux entreprises coréennes.
Plutôt que de se relocaliser en Corée ou dans des pays proches, les entreprises sud-coréennes ont opté pour des stratégies plus surprenantes en s’engageant par exemple dans des partenariats fondés sur les complémentarités ou en s’associant avec des fournisseurs de produits de base au sein de réseaux de production verticalement intégrés, comme pour la production des aimants à base de terres rares. Il y a fort à parier que de telles stratégies, qui associent préoccupations économiques et de sécurité, se généraliseront à l’avenir.
En raison de la nature éminemment politique des technologies qu’elle utilise, l’industrie des semi-conducteurs est probablement celle qui connaîtra les bouleversements les plus importants. Sur fond de rivalité sino-américaine croissante, les Etats-Unis ont intensifié leurs pressions sur la Chine, conduisant les entreprises sud-coréennes (avec le soutien des pouvoirs publics) à combiner délocalisations aux Etats-Unis et relocalisations en Corée.
Même si la logique économique continuera d’orienter les décisions des entreprises dans la plupart des secteurs, limitant de fait la réorganisation des chaînes de valeur, notamment hors de Chine, les exemples des semi-conducteurs et des aimants à base de terres rares suggèrent que d’importants changements devraient toutefois intervenir dans des industries perçues comme stratégiques.
Ce contenu est disponible uniquement en anglais : Reshuffling Values Chains: South Korea as a Case Study
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesEmmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud : une opportunité historique pour le rapprochement euro-asiatique
Le président Emmanuel Macron effectue une tournée au Japon et en Corée du Sud à un moment où les intérêts entre ces trois pays n’ont jamais été aussi alignés, et plus largement entre l’Europe et les démocraties d’Asie de l’Est.
Afghanistan-Pakistan : la guerre ignorée en marge du conflit au Moyen-Orient
Alors que le Pakistan était historiquement le pays le plus proche du mouvement taliban et qu’il attendait beaucoup de son retour au pouvoir en Afghanistan à l’été 2021, les deux voisins sont pris dans une logique d’escalade depuis l’automne. En octobre 2025, le Pakistan lance pour la première fois des frappes aériennes sur Kaboul. En février-mars 2026 : pendant trois semaines, l’Afghanistan multiplie les assauts terrestres du côté pakistanais de la frontière ainsi que les attaques de drones sur Islamabad et Rawalpindi. Le Pakistan, de son côté, multiplie les frappes aériennes sur les zones frontalières afghanes, ainsi que sur Kaboul et Kandahar. Au vu des dynamiques à l’œuvre aux échelles bilatérale et régionale, les perspectives d’un retour au calme durable paraissent limitées.
Union européenne-Inde : rapprochement durable ou partenariat de circonstance ?
Le partenariat entre l’UE et l’Inde s’est longtemps limité aux échanges économiques. Sa dimension politique s’est progressivement développée, jusqu’à être élevée au rang de « partenariat stratégique » en 2004. Néanmoins, l’échec des négociations d’un accord de libre-échange en 2013 a freiné cette dynamique. Depuis le début des années 2020, dans un contexte géopolitique incertain, le rapprochement bilatéral connaît une nouvelle accélération.
La politique américaine envers Taïwan, au delà de Donald Trump : cartographie des acteurs américains des relations entre les États-Unis et Taïwan
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a ravivé une incertitude profonde quant à l’engagement des États-Unis en matière de sécurité envers Taïwan. Contrairement au président Joe Biden, qui a maintes fois réaffirmé sa détermination à défendre l’île, Donald Trump évite soigneusement de se prononcer sur une éventuelle réaction américaine en cas de crise dans le détroit de Taïwan.