Tournée du président Emmanuel Macron en Asie du Sud-Est : l'ambition d'un partenariat nouveau, exemplaire et durable
La visite du président Emmanuel Macron en Asie du Sud-Est confirme l’intérêt et l’engagement de la France dans une région qui apparaît comme un « nouveau centre du monde en train d’émerger ».
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Points clés
Le président Emmanuel Macron a effectué du 26 au 30 mai trois visites d’État en Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie et Singapour), et a prononcé un discours remarqué au Shangri-La Dialogue à Singapour, relançant ainsi la stratégie française dans l’Indo- Pacifique.
L’Asie du Sud-Est est considérée comme « un nouveau monde en train d’émerger » et un carrefour incontournable pour la projection de puissance de la France.
Entre « une Chine de plus en plus assertive » et les « tensions commerciales induites par les États-Unis », selon les mots du président, la France défend la position européenne, une « voie fiable, respectueuse de la souveraineté des États et de la région ».
Toutefois, une fois la tournée médiatique achevée, il conviendra de donner corps au renouvellement de l’engagement français et à l’invitation du président de constituer une « coalition des indépendants ».
Ce marathon diplomatique bien orchestré aura permis de rappeler que la France et l’Union européenne (UE) ont pris la mesure des transformations régionales et entendent y contribuer dans la cohérence de leur vision stratégique en Indo-Pacifique.
À bien des égards, ce déplacement a été un succès : des contrats pour un montant de 26 milliards d’euros, des messages diplomatiques répétés et entendus sur les ambitions de la France et de l’Europe dans la région, un recadrage et des intentions énoncées sur la contribution française et européenne aux enjeux sécuritaires de la zone dans le prolongement de la stratégie française sur l’Indo-Pacifique publiée en 2019.
À y regarder de plus près cependant, des nuances s’imposent. L’analyse des contrats signés, la lecture des discours ou l’agenda des rencontres montrent aussi que la France n’a pas su renouveler suffisamment son offre et élargir ses coopérations à de nouveaux secteurs considérés par ces pays comme d’avenir. En outre, les propositions avancées par le président – et notamment celle de présenter la France comme une alternative fiable à la dépendance envers la Chine et les États-Unis – n’ont pas toujours paru raisonnables ni appropriées aux yeux d’acteurs locaux. Elles démontrent aussi un décalage entre la perception par la France de son poids et de sa capacité d’influence et celle des pays de la zone. Enfin, si le président a plaidé pour de « nouvelles alliances », il n’a toutefois pas étayé ses propositions.
Le déplacement du président Macron a eu le mérite de compenser le déficit d’image qui pénalise l’influence de la France et de l’Europe, il a également permis d’ouvrir de nouvelles fenêtres d’opportunité et de réaffirmer l’importance du dialogue, mais le plus grand défi reste à venir, celui de donner matière aux annonces faites et dans la durée.
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Sophie Boisseau du Rocher est spécialiste de l’Asie du Sud-Est. Elle a été maître de conférences à Sciences Po Paris et chercheuse associée au Centre Asie de l’Ifri (2001/2024). Elle est l’auteur avec Christian Lechervy de "L’Asie-Pacifique nouveau centre du monde, l’Occident au défi", Paris, Odile Jacob, 2025.
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