L'enjeu majeur des cyber menaces
Dans ce numéro spécial de Politique étrangère consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire, découvrez le débat animé par Marc Hecker entre Jean-Louis Gergorin et Thomas Gomart.
Jean-Louis Gergorin
Nous assistons actuellement à une révolution stratégique que je qualifierais de fusion entre Sun Tzu et Clausewitz, deux des plus grands penseurs stratégiques, le premier d'entre eux étant le plus célèbre en Occident. Clausewitz dit que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, puis que la guerre est une expression de violence en vue d'atteindre des objectifs de contrôle, d'influence, etc. Sun Tzu, voici 2 500 ans, a simplement écrit : « Vaincre sans croiser le fer est le comble du comble du guerrier. » Cela rejoint d'ailleurs ce que disait le professeur Mahbubani : la stratégie chinoise vise à gagner, à s'imposer en évitant la guerre. Les Chinois sont restés fidèles à Sun Tzu.
La cyberguerre est la fusion des deux pensées, parce qu'elle permet d'atteindre les objectifs de contrôle, d'influence que décrit Clausewitz, dans une manoeuvre qui est la continuation de la politique par des moyens non violents – en tout cas au départ car, par exemple, si vous provoquez une catastrophe aérienne en bloquant les systèmes de navigation, cela devient très violent. En tout cas, la cyberguerre peut être pour l'essentiel non violente, et permettre d'atteindre exactement les mêmes objectifs de contrôle que la politique et la guerre, et ce beaucoup plus efficacement.
Qu'est-ce que la cyberguerre ?
Une autre chose importante est de savoir de quoi l'on parle quand on parle de cyberguerre, et je sais que cela n'est pas évident. La cyberguerre, c'est l'utilisation offensive, à des fins de contrôle, de l'ensemble des possibilités du numérique, et cela peut se faire de deux grandes façons. La première, c'est l'intrusion informatique (hacking), à des fins d'espionnage, de sabotage ou d'intimidation – et c'est la forme la plus répandue actuellement.
La « cyberintimidation »
La « cyberintimidation », on n'en parle pas beaucoup mais c'est absolument majeur. Je vous donnerai trois exemples récents dans l'ordre chronologique. Au mois de mai 2018, les responsables de la cybersécurité allemande ont signalé tout une série d'intrusions dans les systèmes énergétiques et électriques, tentatives semble-t-il déjouées. Il n'y a pas eu d'attribution officielle – c'est la doctrine du BSI, l'agence de cybersécurité allemande –, mais le patron de l'Office de protection de la Constitution a mis en cause la Russie, ce qui n'a été ni démenti, ni confirmé. Deuxième exemple : le Department of Homeland Security des États-Unis a publié en juillet 2018 un rapport très étayé d'où il ressortait que plus de 400 installations électriques américaines – de distribution et de production – avaient fait l'objet de pénétrations informatiques sans sabotage. […]
Jean-Louis Gergorin est un ancien directeur du Centre d’analyse et de prévision (CAP) du ministère des Affaires étrangères, est le co-auteur de : Cyber. La guerre permanente, Paris, Cerf, 2018.
Thomas Gomart est le directeur de l’Ifri.
Marc Hecker est le directeur des publications de l’Ifri.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L'enjeu majeur des cyber menaces
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesNigéria : les méfaits de la democrazy
Lors du scrutin de février 2019, le président sortant, Muhamma du Buhari, a été réélu. Si une alternance peut avoir lieu à la tête de l’État, la démocratie nigériane ne s’en porte pas bien pour autant. Les milieux politiques sont gangrenés par la corruption. Les dirigeants successifs se révèlent incapables de créer de la cohésion nationale et d’assurer la sécurité dans certaines zones. Boko Haram est loin d’avoir été vaincu et agit comme un révélateur des faiblesses de l’État.
Les défenses anti-missiles américaines en question
En janvier 2019, l’administration Trump a présenté la Missile Defense Review. Ce document s’inscrit dans un mouvement de renforcement des défenses anti-missiles américaines, amorcé par le Congrès en 2016. Cette évolution ne manque pas d’inquiéter la Russie et la Chine qui réagissent en musclant leurs propres arsenaux. Ainsi, Pékin devrait augmenter le nombre de ses têtes nucléaires et Moscou développer de nouvelles armes stratégiques. Dans ce contexte, le devenir de l’arms control est incertain.
Comment brider le financement de la prolifération des armes de destruction massive ?
La lutte contre le financement des armes de destruction massive est difficile. En dépit des mesures adoptées par les États et les organisations internationales, les proliférants continuent à avoir accès aux marchés bancaire et financier. Même si le régime de lutte contre le financement de la prolifération peut être consolidé, il sera impossible de trouver une parade absolue. D’où l’importance de renforcer également d’autres aspects de l’architecture globale de non-prolifération.
Allemagne-Namibie : enjeux d’une réconciliation post-coloniale
Depuis l’indépendance de la Namibie et la réunification de l’Allemagne, les relations germano-namibiennes sont marquées par les débats sur la reconnaissance du « génocide » perpétré par les troupes coloniales dans le Sud-Ouest africain entre 1904 et 1908. Malgré une aide allemande massive au développement, ces relations dépendent en grande partie de l’acceptation par Berlin de l’héritage colonial et de la résolution de la question des réparations soulevée par les descendants des Hereros et des Namas.