La Russie. Enjeux internationaux et intérieurs
Ce numéro hors-série de Politique étrangère souhaite mettre en valeur l'expertise de l'Ifri sur la Russie post-soviétique à travers une approche multidisciplinaire. Il rassemble des auteurs connus pour leurs recherches sur l'ex-bloc soviétique autour des principales thématiques : les relations de la Russie avec le reste du monde, ses incertitudes internes, le développement de sa puissance régionale, son partenariat avec l’Union européenne. Ce numéro spécial laisse transparaître l’évolution des approches et la construction progressive du savoir géopolitique sur la Russie post-soviétique et illustre la vocation de Politique étrangère et de la collection « Russie.Nei.Visions » : proposer des analyses approfondies de l'actualité internationale, mettre en perspective les grands débats en matière de relations internationales et constituer ainsi un instrument de référence pour le long terme.
« Comment penser la Russie aujourd'hui ? À brûle-pourpoint : en combinant analyses spatiale et temporelle. Tenter de comprendre la Russie aujourd'hui implique de pénétrer dans un espace-temps qui n'est pas le nôtre. Depuis la chute du mur, nous partageons un espace commun, mais sans utiliser les mêmes repères temporels. Ce décalage de rythme est source de bien des incompréhensions. Depuis l'effondrement de l'URSS, la Russie a su, une fois de plus, survivre, résister et se réorganiser. La "transition" des années 1990 correspond pour les autorités et la population aux chocs telluriques provoqués par le passage d'un espace-temps à un autre : en moins d'une génération, le passage d'un système impérial, collectiviste et fortement idéologisé à un système fédéral, individualiste et totalement "désidéologisé".
Sous nos yeux, la Russie s'est métamorphosée, en ayant le sentiment d'avoir été victime d'un marché de dupes : "la puissance perdue contre la prospérité introuvable". Ce déclin s'est accompagné de pressions extérieures continues et d'une forte dépendance financière, vécues comme une suite ininterrompue d'humiliations. Ce cycle est désormais clos. Depuis 1999, la Russie connaît une euphorie économique, en partie volatile, mais qui a pour principale conséquence de permettre aux Russes (du moins à certains d'entre eux) de profiter. À la veille d'une échéance présidentielle cruciale (mars 2008), la Russie est indiscutablement plus puissante, c'est-à-dire capable de peser sur son environnement, qu'elle ne l'était en 1999. [...] »
(Extrait de l'Introduction, par Thomas Gomart)
SOMMAIRE
La vision russe du monde
La Russie face à la mondialisation : la voie du trans-impérialisme, par Celeste A. Wallander
Le business russe entre l'Europe et l'Amérique, par Dmitri Trenin
La politique étrangère russe : l'étrange inconstance, par Thomas Gomart
La Russie : incertitudes internes
La Russie de Vladimir Poutine : un virage vers le passé ?, par Lilia Shevtsova
Russie : la transition inachevée, par Mark Medish
La démocratie russe : de la spontanéité à l'improvisation ?, par Alexeï Salmine
Un Venezuela du froid ? La "malédiction des ressources" et la politique russe, par William Tompson
La Russie : nouvelle puissance régionale
Un équilibre fragile : les relations sino-russes, par Bobo Lo
La Russie et la Turquie au Caucase : se rapprocher pour préserver le statu quo ?, par Fiona Hill et Omer Taspinar
Contre-terrorisme et islamisation du Caucase du Nord, par Pavel K. Baev
La Russie, partenaire de l'UE
Représenter les intérêts privés pour renforcer la confiance entre la Russie et l'Union, par Timofeï Bordatchev
La Russie, l'OTAN et l'UE : triangle de sécurité européenne ou nouvelle "Entente" ?, par Andrew Monaghan
Le dialogue énergétique UE-Russie : concurrence contre monopoles, par Vladimir Milov
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La Russie. Enjeux internationaux et intérieurs
Liban : entre clientélisme régional et carcan national
En novembre 2017, les dirigeants saoudiens forcent le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner. Ils commettent ainsi une erreur d’appréciation aux conséquences importantes. Si Riyad espère une mise à l’écart politique du Hezbollah chiite par la communauté sunnite, ces agissements ont été dénoncés par la majorité des Libanais, toutes confessions confondues. Une retombée de cette action pourrait être le renforcement des courants pro-iraniens aux élections législatives de mai 2018.
Pologne/Allemagne : quelle coopération dans une Europe « à deux vitesses » ?
Les relations entre la Pologne et l’Allemagne, dégradées depuis octobre 2015, ont pris un nouveau départ au début de l’année 2017. Le pragmatisme d’Angela Merkel, et de nombreux contacts avec les dirigeants polonais, ont permis de renouer le dialogue. Toutefois, les différends persistent et affectent les relations entre les deux pays. En Pologne, la nomination d’un nouveau Premier ministre et le remaniement du gouvernement pourraient avoir pour objectif d’apaiser la situation.
Comment réduire la durée des interventions militaires ? Le concept de bridging operation
Au cours des deux dernières décennies, les armées françaises sont intervenues à de multiples reprises pour tenter de rétablir la stabilité dans des pays en crise. Certaines de ces opérations de stabilisation ont duré plus de dix ans. Le concept de bridging operation a émergé pour tenter de réduire la durée et le coût de telles interventions. L’objectif est de créer rapidement les conditions permettant de transmettre le relais à une force multinationale.
Stratégie et liberté d’action
Préserver, accroître sa liberté de décider et de faire : c’est le cœur de la stratégie, art de l’agir. Les degrés de liberté d’action constituent une véritable monnaie stratégique, qui se réduit ou croît au fil de la relation avec l’adversaire. Cette monnaie doit être dépensée, l’abstention diminuant la capacité à agir ; mais elle n’existe que par les moyens concrets dont dispose le stratège. Cette liberté d’action est centrale à tous niveaux des stratégies, et pour toutes les stratégies.