1914-2014. La Grande Guerre et le monde de demain
1914 : l'enchaînement de Sarajevo. 2014 : l'enchaînement de Sébastopol ? À un siècle de distance, les crises européennes partent d'obsessions étrangement comparables ; pour déboucher sur des résolutions différentes. Le siècle qu'inaugure la Première Guerre mondiale a tout dessiné de notre temps : la sauvagerie des guerres techniques, l'illusion de l’entente des nations, un concept de sécurité collective qui peine à s'imposer, l'incertitude sur le destin d'une Europe à la puissance à la fois centrale et relative…
Le premier numéro 2014 de Politique étrangère projette l'héritage du premier conflit mondial sur notre avenir. De quelles formes de conflit sommes-nous aujourd'hui les héritiers ? Que faire du droit international ? L'Europe survivra-t-elle à son pacifisme actuel ? L'Asie est-elle le prochain champ d'affrontement des nouvelles puissances ? Le Moyen-Orient arrivera-t-il à digérer la fin des empires qui l'ont mis en coupe réglée ?
« Nous avons vécu avec elle 100 ans durant. Qu’en faire maintenant ? La Première Guerre mondiale a créé son siècle, et elle nous parle toujours : de ce que nous sommes, de ce que nous serons.
Fondatrice d’un siècle : l’affaire est claire. Le débat sur les causes de la guerre reste ouvert aux polémiques et les publications récentes n’échappent pas au choc des arguments : facteurs politiques internes, dialectique des alliances et des appareils militaires, affrontement de géopolitiques organicistes voyant la vie des États comme expansion de puissance continue, etc. Mais l’analyse de la mécanique du passage de la paix au conflit armé est vite dépassée. Le premier conflit industriel et total du champ international a modelé notre vision de la guerre, de la mobilisation intégrale des sociétés, de la dynamique technique au service de la guerre. Il a créé un « système de guerre » nouveau, des formes opérationnelles et tactiques, des appareils armés qui fonctionnent jusqu’à nos jours. Il a ouvert une réflexion de long terme sur les rapports entre le politique et le militaire, non seulement en termes d’autorité, mais dans la définition même de la stratégie : est-elle manière de gagner la guerre ou de gérer un affrontement global – politique – qui la dépasse de beaucoup ?
Le premier conflit mondial pèse lourd dans l’affirmation des nations. Il dissout trois empires et porte au sommet le choc de visions nationales mises au service d’une révision des rapports de puissance, entre Royaume-Uni, Allemagne émergente, France… Il fait appel aux contingents de peuples colonisés qui, bientôt, mettront l’expérience au service de leur propre émancipation. Portant les nationalismes à incandescence – voir les débats sur l’« art allemand », l’« art français »… –, il manque de faire disparaître l’idée même de nation dans l’opprobre de la guerre, en même temps qu’il amorce par ses ravages le déclin historique de toutes les nations européennes. Et pourtant, l’occasion de la guerre, de ses mobilisations économiques, sociales, morales, permet un renforcement des structures de chacun de ces États. Responsable de la conduite de la guerre, l’État moderne l’est aussi de la construction de la paix à l’extérieur des frontières, et il étend son contrôle interne à des champs de plus en plus larges de la société civile : le Welfare State européen naît de l’économie de guerre, puis de la nécessité de relever l’économie de la paix. [...] »
(Extrait de l'Éditorial, par Étienne de Durand)
SOMMAIRE
Un long héritage
La Grande Guerre, en théories, par Joseph A. Karas et Jospeh M. Parent (lire l'article en anglais)
La « der des ders » : guerre totale, paix totale ?, par Philippe Moreau Defarges
L’héritage de la Grande Guerre : États souverains, mondialisation et régionalisme, par Georges-Henri Soutou
Le commerce international est-il un facteur de paix ?, par Jacques Fontanel
Quelles guerres pour le siècle ?
1914-1918 et la redéfinition de la guerre, par Hew Strachan (lire l'article en anglais)
L’armée française et la révolution militaire de la Première Guerre mondiale, par Michel Goya
L’Europe, entre guerres et paix
Europe : d’une démilitarisation l’autre, par Étienne de Durand
Une Europe démilitarisée ? Un regard américain, par Klaus Larres (lire l'article en anglais)
La place de l’Europe dans le monde : d’hier à demain, par Jean-Pierre Chevènement (lire l'article)
1914-2014 : nation et nationalisme, par Pierre de Senarclens
L’Allemagne : le passé qui ne passe pas, par Hans Stark
Un nouveau monde ?
Le passé de l’Europe est-il le futur de l’Asie ?, par Yoon Young-kwan (lire l'article en anglais)
La Première Guerre mondiale et la balkanisation du Moyen-Orient, par Georges Corm
Turquie : le syndrome de Sèvres, ou la guerre qui n’en finit pas, par Dorothée Schmid (lire l'article)
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
1914-2014. La Grande Guerre et le monde de demain
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesSur la Russie : penser européen
Il faut entretenir un dialogue avec la Russie. Mais en sachant qu’elle hérite d’une culture politique différente de celle des pays occidentaux ; et que son dirigeant actuel a des objectifs de puissance peu compatibles avec les nôtres. Il serait utile de redécouvrir le concept de la CSCE, c’est-à-dire d’échanges sur l’ensemble des domaines qui nous concernent, avec une Union européenne délaissant les logiques bilatérales pour manœuvrer solidairement, sur des perspectives définies en commun.
Une politique russe à la française pour l’Europe ? Irréaliste et contradictoire
Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur d’une redéfinition des relations avec Moscou. Ses déclarations ont provoqué des remous en Allemagne. La chancelière et son ministre des Affaires étrangères sont partisans d’une ligne dure face à Vladimir Poutine, même si les coopérations germano-russes sont nombreuses. Une partie de l’élite politique et économique allemande conteste la politique russe d’Angela Merkel et souhaiterait que l’Allemagne se montre plus conciliante à l’égard de la Russie.
Les pays du Golfe et Israël : une convergence d’intérêts ?
Après des décennies d’opposition, Israël et les pays du Golfe se sont rapprochés depuis les années 2000 puis après les Printemps arabes. Israéliens, Saoudiens et Émiriens partagent une obsession anti-Frères musulmans et contre le programme nucléaire et l’expansion régionale de Téhéran. Leur entente, de plus en plus visible, se développe sous le signe du relatif retrait régional des États-Unis, et d’un « plan de paix » conforme aux intérêts israéliens, et ignorant dangereusement la question palestinienne.
Les Émirats arabes unis à la conquête du monde ?
Les Émirats arabes unis (EAU) ont connu une expansion spectaculaire depuis leur indépendance en 1971. Depuis une dizaine d’années, ils s’affirment sur la scène internationale. Ils développent une stratégie portuaire ambitieuse et s’engagent de manière croissante dans des conflits armés. Leur politique étrangère est principalement guidée par la volonté d’assurer la survie des EAU dans un environnement volatil. Elle se traduit notamment par une opposition ouverte aux Frères musulmans.